Le repassage des seins: une pratique traditionnelle qui persiste

UNE PRATIQUE TRÈS PEU MÉDIATISÉE

Le repassage des seins est une pratique traditionnelle répandue notamment au Cameroun, au Togo et en Guinée, le but est de freiner le développement de la poitrine des jeunes filles par un “massage” réalisé avec des objets chauffés (pierre à écraser, pilon, spatule...) ou non (herbes, serre-seins...).

Cette pratique est très peu connue et beaucoup moins médiatisée que l'excision[1], elle est cependant toute aussi traumatisante pour les victimes que ce soit sur le plan physique ou psychologique.

Les femmes perpétuent la tradition du repassage des seins pour protéger leurs filles des regards masculins mais au-delà même de ces regards, elles veulent les protéger d’un mariage, d’une grossesse précoce ou d’un éventuel viol.

Le but est donc de retarder le passage à l’adolescence des jeunes filles et d’occulter leur féminité afin que les garçons ou les hommes ne soient pas attirés par elles. Les jeunes filles victimes du repassage des seins sont enfermées dans un rôle, celui de tentatrice, d’objet de désir dont il faudrait cacher les attributs pour éviter de tenter les hommes. Ces hommes qu’on suppose incapables de se contrôler face à cet attribut féminin.
Comme dans beaucoup de pays ou de sociétés, on culpabilise la victime. En cas d’agressions sexuelles ou de viols, le plus commun est de rejeter la faute sur la femme. Cependant le problème est pris à l’envers car les seules personnes à montrer du doigt sont les agresseurs qui la plupart du temps ne sont pas punis. Et ce n’est pas aux femmes qu’il faut apprendre à ne pas se faire agresser, c’est aux hommes qu’il faut apprendre à ne pas devenir des agresseurs.
 

QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES DU REPASSAGE DES SEINS ?

Le repassage des seins favoriserait, entre autre le développement du cancer du sein. Il existe d’autres conséquences telles que les brûlures ou les infections. Il arrive même que des femmes qui ne sont pas enceintes aient du lait maternel qui coule. Les muscles s’affaissent et certaines jeunes filles âgées d’à peine dix ans se retrouvent avec les seins d’une femme de 70 ans.

Au-delà de la douleur physique provoquée par ce “massage”, les victimes ressentent un malaise psychologique profond. Certaines jeunes femmes n’osent pas se déshabiller de peur de subir des moqueries à propos de leurs seins. Elles peuvent donc être marginalisées.

Malgré la douleur physique et psychologique que créé par le repassage des seins, bon nombre de femmes perpétuent la tradition car elles pensent pouvoir protéger leur fille de cette manière.

D’après une étude menée en 2013 par l’Institut pour la Recherche, le Développement Socioéconomique et la Communication[2] (IRESCO) en 2013, le phénomène touchait encore près de 12% de jeunes filles et femmes au Cameroun.

D’après cette même étude, les filles qui ont entre 11 et 14 ans représentent 38 % environ des victimes.
Elles apparaissent comme les plus touchées par cette opération qui est le plus souvent effectuée par des femmes, le plus souvent par la mère, la tante, la grand-mère ou encore par une guérisseuse.

3,7 % des filles ayant été interrogées se sont retrouvées avec des seins blessés, 8% avec un sein plus grand que l’autre, tandis que 2% ont subi l’ablation d’un sein.
L’étude montre également que 17% des cas de kystes et les abcès détectés chez les femmes dans le pays sont souvent dus au repassage des seins.

Les jeunes filles qui subissent cette pratique d’un autre temps se retrouvent donc marquées à vie, tant sur le plan psychologique que sur le plan physique.
 

PLASTIC DREAM [3]

Un homme a décidé d’exposer cette pratique très peu connue et de raconter l’histoire de ces filles et de ces femmes victimes du repassage des seins. Il s’agit de Gildas Paré, un photographe français originaire de Nantes.

 © Gildas Paré

 

© Gildas Paré

« Des fois ça m’empêche de respirer tellement ça me serre. Mais surtout ça me fait peur. Ca va faire un an que je la porte. En dessous comme il fait chaud, ça me fait des boutons partout. Je ne comprends pas pourquoi ma mère me fait ça…Quand je serai grande j’aimerais chanter comme Coco Argentee et être maitresse d’école. » Manuela, 9 ans, Classe de CE2

 

Camélia ABERKANE

[1] http://www.humansforwomen.org/le-blog/quel-bilan-pour-les-mgf

[2] http://iresco-cm.org/

[3] http://gildaspare.com/PLASTIC-DREAM