Quel bilan pour les Mutilations génitales féminines ?

Environ toutes les dix secondes, une fille est maintenue au sol quelque part dans le monde. Ses jambes sont écartées, et une femme sans formation médicale sort un couteau ou une lame de rasoir et lui tranche une partie, voir l’intégralité, des organes génitaux externes. Le plus souvent sans aucune anesthésie”(1) 

Aujourd’hui, comme chaque 6 février se tient la journée internationale de la tolérance zéro à l'égard des mutilations génitales féminines (MGF). Cette journée est l’occasion de remettre le problème des mutilations génitales féminines sur le devant de la scène mondiale.

C’est aussi l’occasion de rappeler notre engagement et notre volonté de vous informer à propos de cette pratique, mais également de relayer les campagnes de sensibilisation afin que des mesures soient prises contre ces mutilations génitales féminines encore trop fréquentes de nos jours. Selon le dernier rapport de l’UNICEF publié le jeudi 4 février 2016, il y aurait 200 millions de victimes de mutilations génitales féminines dans le monde.
 

Qu’est-ce que les mutilations génitales féminines ?

“Les mutilations sexuelles féminines recouvrent toutes les interventions incluant l'ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins qui sont pratiquées pour des raisons non médicales.” (2)

Il existe trois type de mutilations génitales féminines :

  • La clitoridectomie qui est une ablation partielle ou totale du clitoris (petite partie sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce (repli de peau qui entoure le clitoris).
  • L’excision qui est une ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres (qui entourent le vagin).

  • L’infibulation qui est l’ablation du clitoris, des lèvre et de l’intégralité des organes génitaux externes, l’orifice vaginal est ensuite recousu et les jambes sont attachées pour permettre à la plaie de cicatriser.

On peut également citer toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales, comme le fait de piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux.

Ces mutilations sont généralement réalisées par un “exciseur” traditionnel avec un couteau ou une lame de rasoir, avec ou sans anesthésie. Mais dans certains pays on observe que les mutilations sexuelles féminines tendent à se médicaliser, c’est-à-dire qu’elles sont pratiquées par des professionnels de santé. C’est le cas en Egypte ou 75% des excisions sont pratiquées par des professionnels de la santé. Cette médicalisation ne les rend évidemment pas plus légitime ou moins dommageable pour les femmes les ayant subies.
 

Des pratiques dramatiques pour les femmes et fillettes qui les subissent

Les mutilations génitales féminines n’ont aucun avantage pour la santé. Au contraire ces pratiques entraînent souvent des complications et sont extrêmement dangereuses pour les femmes qui les subissent. D’abord et avant tout elles comportent l’ablation de tissus génitaux normaux et sains ou endommagent ces tissus et entravent le fonctionnement naturel de l’organisme féminin.

De plus elles sont très souvent voir dans la quasi totalité des cas associées à des complications immédiates : les douleurs violentes, l’hémorragie, le tétanos ou la septicémie (infection bactérienne), la rétention d'urine, l’ulcération génitale et la lésion des tissus génitaux adjacents.

Au delà de ces complications immédiates il existe des conséquences à long terme comme des infections de la vessie, des kystes, la stérilité, des complications lors de l’accouchement ou encore une diminution du plaisir sexuel. Il faut ajouter à cela le trauma que peut représenter une telle pratique.

Témoignage de Norah, 30 ans
« Dans notre ethnie, l’excision se pratique en général vers l’âge de 5 ans. Moi, mes parents n’étaient pas pour mais on m’a excisée à leur insu. Cette journée là, je m’en souviens parfaitement. J’allais bientôt avoir 7 ans. C’était la saison des pluies (l’été). On jouait avec ma copine, dehors, dans la rue. Une voisine et ma tata sont venues nous trouver. Elles nous ont amenées au dispensaire, en nous disant qu’une de leurs copines avait accouché. On les a suivies en toute confiance. Quand on est arrivées, il y avait au moins une dizaine de filles allongées par terre. Des ados déjà opérées qui ne pouvaient pas tenir dans un lit et qui hurlaient de douleur. Parce que, bien sûr, tout ça, c’est sans anesthésie. Quand j’ai vu ça, j’ai pris peur. J’ai essayé de m’enfuir, mais ma tata et plein d’autres voisines m’ont rattrapée. C’était un véritable guet-apens. Comme j’étais très agitée, je suis passée la première sur la table. Il y avait six adultes qui m’appuyaient de tous les côtés pour que je ne bouge pas. Je hurlais. J’avais peur. La sage-femme a pris une lame et m’a dit de serrer les dents fort. Elle m’a aussi dit « sois forte, pleure pas », mais j’ai pleuré quand même. C’est considéré comme de la faiblesse, mais j’ai souffert. J’avais tellement mal, que je ne me souviens pas de la suite. Juste de ma copine qui hurlait de douleur. On a quand même eu un peu de chance, si on peut appeler ça de la chance : à l’hôpital, ils vous enlèvent un bout à peu près proprement alors que, dans la brousse, les filles se font exciser avec des lames de rasoir, des couteaux et ils enlèvent tout. Quand je suis rentrée à la maison, mes parents étaient sous le choc. Mon papa a porté plainte, mais ils l’ont pris pour un fou. Le lendemain, la sage-femme est revenue pour me donner une douche et enlever la compresse qui couvrait ma plaie. Comme elle ne se décollait pas, elle l’a arrachée. J’ai fait une hémorragie, il y avait du sang qui jaillissait de partout. La chance, c’est qu’on habitait tout près de l’hôpital. Je suis vraiment revenue de loin.” 


Qui est concerné ?

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les mutilations génitales féminines sont pour la plupart pratiquées sur des jeunes filles entre l'enfance et l'âge de 15 ans et à l'occasion sur des femmes adultes. Dans une partie des pays concernés, ces pratiques constituent une sorte de rite de passage à l’âge adulte.

Témoignage d'une femme anonyme excisée à 10 ans : «Un matin, ma mère m’a dit, tu vas être une vraie femme maintenant. Mes tantes et mes parents m’ont offert des friandises et plusieurs autres cadeaux. Puis, on m’emmena chez une vieille femme. Son regard profond et froid m’a fait comprendre que quelque chose de grave allait se passer. Elle donna l’ordre qu’on me tienne fermement, les jambes écartées. J’ai cru que j’allais mourir. Je n’avais jamais eu autant mal… J’ai vu du sang et un pansement. Elle m’a tout enlevé. Le clitoris, les petites lèvres et les grandes lèvres. A 18 ans, je me suis mariée. Ma vie sexuelle est un cauchemar. Je suis mère de quatre enfants, après 15 ans de mariage. Pourtant, pour préserver mon couple, je simule l’orgasme...» (3) 

En Afrique, on estime que plus de trois millions de jeunes filles par an sont menacées par ces pratiques. C’est 200 millions de jeunes filles et de femmes qui sont victimes de mutilations sexuelles pratiquées dans 29 pays africains et du Moyen Orient où ces pratiques sont concentrées. Les mutilations génitales féminines sont plus fréquentes dans l'ouest, l'est et le nord-est de l'Afrique, dans certains pays d'Asie et au Moyen-Orient, ainsi que dans certaines communautés d'immigrants en Amérique du Nord et en Europe.
 

Carte de l'UNICEF
 

UNE PRATIQUE ANCRÉE DANS LA TRADITION

L’excision est une pratique d’origine païenne apparue au moment de l’Egypte pharaonique bien avant les premières religions monothéistes, puis repris dans les coutumes de celles ci, bien que le Coran, la Bible ou la Torah, ne mentionnent pas l’excision. Son origine est encore aujourd’hui encore difficilement situable dans le temps et dans l’espace. 

L’excision est perçue comme un rite initiatique et comme une intégration de la femme dans la communauté qui s’en verrait marginalisée si elle ne passait pas par cet étape. Il faut comprendre la dimension de norme social que représente cette pratique. En effet dans la majorité des cas l'objectif est la conservation de la virginité de la femme jusqu’à sa nuit de noce, pour qu’elle puisse se marier (une femme pouvant se voir refuser un mariage car non excisée). Une femme excisée ne pourrait tromper son mari ou avoir des relations sexuelles hors mariage, ce qui garantirait l'honneur familiale.   

" De façon transversale, il est important de comprendre que l’excision constitue une norme sociale : dans la plupart des communautés, l’excision persiste en raison d’un sentiment d’obligation sociale très fort. Par conséquent, même lorsqu’elles sont conscientes des répercussions sur la santé physique et psychologique de leurs filles, les familles préfèrent perpétuer la pratique pour ne pas subir jugement moraux et sanctions sociales (comme par exemple l’impossibilité pour une fille de se marier ;  dans les sociétés où l’on choisit son partenaire à l’intérieur du groupe (non seulement social — homogamie — mais aussi géographique, professionnel, religieux)." Excision Parlons-en !

Ce rite repose aussi sur la volonté d’annihilation du clitoris dans des sociétés qui le considère comme malsain, au même titre que l’orgasme féminin, et comme une imperfection divine. Il s’agit d’un rejet de la moindre conception phallique qui pourrait apparaître chez une femme. Les mutilations génitales féminines peuvent donc viser  à établir la “propreté”  de l’organe sexuel féminin, au même titre que les circoncisions masculines dans certains cas.

L’idée selon laquelle cette pratique augmenterait le plaisir masculin est aussi une des raisons de ce rite avec une femme ayant  un orifice vaginal plus restreint, ce qui conduit à des pratiques sexuelles souvent violentes pour les femmes. 

Les MGF sont donc aujourd’hui considérées comme un marquage identitaire ayant une fonction sociale et religieuse. Il s’agit ici d’une domination sociale de tradition millénaire sur le  corps de la femme et son droit au plaisir sexuel.

Amadou Hampâté Bâ (écrivain et ethnologue malien) disait:

    «Il y a des pratiques que nos ancêtres eux-mêmes, s’ils revenaient à la vie, trouveraient caduques et dépassées».

Pour Khady Koita, sénégalaise fondatrice de l’association La Palabre qui lutte contre les MGF, cette remarque a tout son sens dans ce domaine:

    «C’est vrai que ce sont nos traditions. Mais il nous faut faire un travail de changement de mentalités, un travail de changement de comportement, dans le respect mutuel de nos cultures. Il faut  extraire ce qui est négatif et néfaste et garder ce qui est positif.»
 

LA LÉGISLATION INTERNATIONALE EN VIGUEUR

Les mutilations sexuelles féminines sont considérées comme une violation des droits des jeunes filles et des femmes sur le plan international. Elles sont l’illustration d’inégalités entre les sexes encore omniprésentes de nos jours. Elles constituent une forme extrême de discrimination à l’égard des femmes. Nous pouvons également considérer que ces pratiques constituent une violation des droits de l’enfant car les mineures sont les plus concernées.

Les mutilations génitales féminines violent également bon nombre d’autres droits: le droit à la santé, à la sécurité, le droit a l’intégrité physique…

Sur le plan international, il existe différents textes de référence :

La Convention internationale des droits de l’enfant, entrée en vigueur le 6 septembre 1990, dispose dans son article 24 que : « Les États parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible et prennent toutes les mesures efficaces appropriées en vue d’abolir les pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé des enfants.». Dans son Observation Générale n°14, le Comité CEDEF recommande que les Etats Parties prennent des mesures appropriées et effectives dans l’objectif “d’éradiquer la pratique de la circoncision féminine”.

Cette convention a été ratifiée par la France et par de nombreux pays africains dont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, Djibouti, l’Ethiopie, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Mali, la République Centrafricaine, le Sénégal, la Sierra Leone, le Soudan, le Tchad, la Tanzanie, le Togo, …

La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes est entrée en vigueur le 13 janvier 1984 et dispose dans son article 2 que : « Les États parties s’engagent à prendre toutes les mesures appropriées, y compris les dispositions législatives, pour modifier ou abroger toute loi, disposition réglementaire, coutume ou pratique qui constitue une discrimination à l’égard des femmes.»

Cette convention a été ratifiée par la France et par de nombreux pays africains dont le Bénin, le Burkina Faso, l’Egypte, l’Ethiopie, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Liberia, le Mali, le Nigeria, la République Centrafricaine, la Tanzanie, …

La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples est entrée en vigueur le 21 octobre 1986. Cette dernière est associée d’un Protocole relatif aux droits des femmes en Afrique qui dans son article 5 intitulé “Elimintation des pratiques néfastes” dispose que : 

Les États interdisent et condamnent toutes les formes de pratiques néfastes qui affectent négativement les droits humains des femmes et qui sont contraires aux normes internationales. Les États prennent toutes les mesures législatives et autres mesures afin d’éradiquer ces pratiques et notamment :
a) sensibiliser tous les secteurs de la société sur les pratiques néfastes par des campagnes et programmes d’information, d’éducation formelle et informelle et de communication ;
b) interdire par des mesures législatives assorties de sanctions, toutes formes de mutilation génitale féminine, la scarification, la médicalisation et la para-médicalisation des mutilations génitales féminines et toutes les autres pratiques néfastes ;
c) apporter le soutien nécessaire aux victimes des pratiques néfastes en leur assurant les services de base, tels que les services de santé, l’assistance juridique et judiciaire, les conseils, l’encadrement adéquat ainsi que la formation professionnelle pour leur permettre de se prendre en charge ;
d) protéger les femmes qui courent le risque de subir les pratiques néfastes ou toutes autres formes de violence, d’abus et d’intolérance.

Mais des pays comme le Botswana, l’Egypte, ou la Tunisie n’ont malheuresement ni signé ni ratifié ce protocole. D’autres l’ont simplement signé, comme l’Algérie, le Soudan du Sud, ou le Niger. Il est bon de rappeler que la simple signature d’un texte en droit international impose néanmoins que ces pays s’abstiennent d’actes contraires à l’objet et au but de ce texte.


Briser la glace : le temoignage de warris Dirie

Warris Dirie, mannequin internationale, a été infibulée à 5 ans en Somalie. Lors d'une entrevue pour le magazine Marie Claire dans les années 1990 , elle a livré un témoignage bouleversant sur l'excision, elle est l'une des première femme a avoir parlé publiquement des MGF.

“J’ai regardé entre mes jambes et j’ai vu une femme se préparer. Elle ressemblait n’importe quelle vieille Somalienne; elle portait un foulard coloré autour de la tête, une robe de coton de couleur vive, mais elle ne souriait pas. Elle m’a fixée durement avant de plonger la main dans un vieux sac en toile. Je ne l’a quittais pas des yeux par ce que je voulais savoir avec quoi elle allait me couper. Je m’attendais à un grand couteau mais elle a sorti un minuscule paquet enveloppé dans une étoffe de coton. Avec ses longs doigts, elle y a pêché une lame de rasoir cassée et en a examiné chaque côté. Le soleil était maintenant assez haut et il y avait suffisamment de lumière pour voir les couleurs, mais pas les détails. Pourtant j’ai vu du sang séché sur les bords déchiquetés de la lame. Elle a craché dessus et l’a essuyée sur sa robe. C’est alors que tout est devenu noir, car Maman m’avait mis un bandeau sur les yeux. Ensuite j’ai senti qu’on coupait ma chair, mes organes génitaux. J’entendais le bruit de la lame aller et venir. Sincèrement, lorsque j’y repense, j’ai vraiment du mal à croire que cela m’est arrivé. J’ai l’impression de parler de quelqu’un d’autre. Il m’est tout à fait impossible d’expliquer ce que je ressentais. C’est comme si on vous tranchais à vif la chair de la cuisse ou du bras sauf qu’il s’agissait de la partie la plus sensible du corps. Pourtant je n’ai pas bougé d’un centimètre; je me souvenais d’Aman et je savais qu’il n’y avait aucune chance de s’échapper. Et je voulais que Maman soit fière de moi. Je suis restée allongée comme si j’avais été en pierre, me disant que moins je bougerais moins la torture durerait. Malheureusement mes jambes se sont mises à trembler toutes seules sans que je puisse rien y faire. Et j’ai prié “Dieu, faites que ce soit vite fini.” Puis je n’ai plus rien senti car je venais de m’évanouir.
Quand je suis revenue à moi, j’ai pensé que c’était terminé, mais le pire était à venir. On m’avait ôté mon bandeau et j’ai vu que la Tueuse avait à côté d’elle un petit tas d’épines d’acacia. Elle les a utilisé pour faire des troues dans ma peau, puis elle y a passé un solide fil blanc et m’a recousue. J’avais les jambes totalement engourdies mais, entre elles, la douleur que j’éprouvais était si terrible que j’aurais voulu mourir.” (4)
 

Qui lutte contre ces mutilation génitales féminines ?

L’organisation des Nations Unies s’est engagée pour mettre fin à ces mutilation génitales féminines. En 2012, elle a notamment adopté une résolution interdisant la pratique des mutilations génitales féminines. Cette étape vers la fin des pratiques et violations dangereuses des droits des femmes a été approuvée par les 194 États membres des Nations Unies.

Campagne de l’Organisation internationale ONU Femmes pour lutter contre les violences faites aux femmes. Selon l’ONU Femmes “Une adolescente à aujourd'hui ⅓ de moins de risque de subir une excision qu’il y à 30 ans.

Ce chiffre prouve que la mobilisation des différentes organisations nationales et internationales a un impact, cependant cet impact n’est pas assez suffisant pour éradiquer totalement cette pratique.

Le Programme conjoint sur les mutilations génitales féminines/l’excision

L’UNFPA (Fond des Nations Unies pour la Population) et l’UNICEF sont co-chefs de file du plus grand programme mondial visant à accélérer l’abandon des mutilations génitales féminines. Le Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur les «mutilations génitales féminines/l’excision : accélérer le changement» associe les expertises complémentaires de ces deux organismes – souvent en partenariat avec des organisations communautaires locales – aux derniers travaux de recherche en sciences sociales.

Son objectif est de protéger les femmes et les filles des mutilations génitales féminines en utilisant une approche fondée sur les droits de l’homme et sensible aux différences culturelles. Le Programme conjoint soutient également des services de santé et de protection destinés aux personnes souffrant des effets néfastes de ces pratiques.

Lancé en 2007, le Programme conjoint s’inscrit dans le cadre d’une déclaration sur l’élimination des MGF/E approuvée par 10 organismes des Nations Unies dont les activités sont en lien avec la santé et les droits des femmes. Cette déclaration conjointe stipule que les MGF/E constituent une violation des droits de l’homme qui porte préjudice à la santé des femmes, des filles et des nouveau-nés. Rappelant que ces pratiques sont une convention sociale nécessitant une réponse concertée et coordonnée, la déclaration préconise des approches durables, communautaires et multisectorielles en vue de mettre fin aux mutilations génitales féminines et à l’excision en l’espace d’une génération.

Ce programme a eu beaucoup d'effets positifs : adoption d’une législation ou d’une politique nationale dans 12 des 15 pays du programme, formation de plus de 100 000 professionnels de la santé à la prévention et la prise en charge des MGF, ainsi qu’à la lutte contre ces pratiques, déclarations publiques d’abandon des MGF dans plus de 12 700 communautés, déclarations publiques de 20 000 chefs religieux et coutumiers affirmant que les MGF/E ne relèvent pas d’une obligation religieuse. 

En 2014, le Programme conjoint UNFPA-UNICEF s’est engagé dans une deuxième phase en élargissant son champ d’action à 17 pays : le Burkina Faso, Djibouti, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Érythrée, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Kenya, le Mali, la Mauritanie, le Nigéria, l’Ouganda, le Sénégal, le Soudan, la Somalie et le Yémen. Il soutient également des initiatives régionales (en Afrique et dans les États arabes) et mondiales visant à éliminer les MGF. L’ambition de la phase II est de poursuivre la dynamique en faveur de l’abandon de ces pratiques initiée lors de la première phase. Plus spécifiquement, l’objectif est de réduire de 40 % leur prévalence chez les filles de moins de 14 ans dans cinq pays minimum et d’éliminer complètement les MGF/E dans au moins un pays d’ici la fin 2017.
 

Il en est ainsi de personnages publics mais également de nombreuses anonymes, victimes ou non, qui se battent au quotidien pour sensibiliser le public à cette pratique dangereuse. Aux côtés de ces porte-parole de premier plan, les gouvernements africains mais aussi occidentaux se sont se joints au combat.

En effet, de nombreuses voix se sont élevées, faisant ainsi tomber le voile de la honte et du déshonneur. Certaines femmes n’hésitent pas à rompre avec les traditions et avec la culture de l’anonymat pour s’afficher aux yeux du monde et ainsi sauver des jeunes filles du mal auquel, elles, n’ont pu échapper.

Témoignages de victimes :

Madina Bocoum Daff a fait de la lutte contre l’excision, le combat de sa vie. Excisée dans son enfance, elle n’a pu empêcher l’excision de deux de ses filles. "Je suis née dans une famille qui pratique l'excision sous sa forme la plus sévère, l'infibulation" . "C'est un choc, une douleur qu'on garde toute sa vieAujourd’hui âgée de 60 ans, Madina utilise son histoire pour faire évoluer les mentalités dans son pays d’origine le Mali, mais également dans le monde entier.

La jeune chanteuse franco-malienne, Inna Modja, s’est également engagée dans la lutte contre l’excision.
elle qui a été excisée à l’âge de 5 ans, lors d’un séjour chez des proches, et à l’insu de ses parents qui étaient contre, affirme aujourd’hui revivre, et ce notamment grâce à une opération chirurgicale qui lui permet à présent de se sentir “complète”. "Je pensais que 'ça' ne se voyait pas. Mais, à 18 ans, une gynécologue m'a dit : 'vous avez été excisée...' Cette prise de conscience m'a fait l'effet d'une douche glacée."

Elle est aujourd’hui marraine de l’association Tostan qui oeuvre pour le respect de la dignité de tous, par le renforcement des capacités des communautés en Afrique  pour un développement durable et une transformation sociale positive dans le respect des droits humains. C’est dans le cadre du Programme de Renforcement des Capacités Communautaires que s’inscrit la lutte contre l’excision. Par ce programme, les membres de la communauté concernée parviennent à tirer des conclusions sur l’excision eux-mêmes et ainsi mener leurs propres actions en faveur du changement.

"J'ai longtemps porté cette blessure en silence, jusqu'à ce que je découvre, à 22 ans, qu'on pouvait se faire 'réparer'. Je me suis fait opérer immédiatement, et, depuis, je l'évoque sans problème, pour que les jeunes filles concernées sachent que c'est possible, qu'elles ont le droit de le faire", Inna Modja
 

Comme la chanteuse, beaucoup de femmes ont aujourd’hui recourt à la chirurgie réparatrice, afin de “redevenir les femmes qu’on aurait voulu leur empêcher d’être”.

L’excision tend donc de plus en plus à être dénoncée et de nombreuses femmes en ont fait le combat de leur vie. A côté des témoignages et des engagements personnels des victimes dans cette lutte, plusieurs campagnes de sensibilisation ont été mise en place et dont l’une des plus choc et récente est celle de l’association “28 Too Many.

Cette association, 28 Too Many, dont le nom fait référence aux 28 pays africains pratiquant encore l’excision avait, en 2015, lancé une campagne choc mettant en scène les drapeaux de différents pays occidentaux recousus, rouillés et ensanglantés pour dénoncer les mutilations génitales féminines subies par de nombreuses femmes, et ce dans des conditions atroces. Par ces images fortes, l’association militante souhaitait rappeler que ce genre de pratiques ne se passe pas que dans les pays africains, mais qu’elles se réalisent aussi dans les pays dits développés. 
"Les mutilations génitales féminines n'ont pas uniquement lieu dans des endroits reculés"

En France, il existe une fédération connue et reconnue qui lutte contre ces mutilations génitales féminines: la Fédération Nationale GAMS (Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles, des Mariages Forcés et autres pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des enfants). Cette association a été créée en 1982 par des femmes africaines résidant en France mais également par des femmes françaises.
La Fédération nationale GAMS a pour objectif la lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes, aux adolescentes et aux fillettes.

L’Egypte avait également lancé, par le biais de son ministre de la Famille et de la Population, en 2010 une campagne nationale de sensibilisation intitulée « Excisez les esprits et non pas les corps », et plus récemment la campagne « Stop MGF contre les filles »

 

Quel espoir de reconstruction pour ces femmes ? 

Au milieu des années 1990, le chirurgien et urologue Français Pierre Foldes met au point une technique médicale de réparation des mutilations génitales féminines. Lors des divers voyages humanitaires auxquels il participe avec l’ONG Médecins du Monde il découvre sur le continent Africain ces mutilations infligées aux femmes dès leur plus jeune âge. Après des années de négociations pour obtenir les moyens de faire cette opération et de la rendre moins coûteuse il obtient en 2004 que cette intervention soit remboursée par la sécurité sociale française.

L’opération permet aux femmes ayant subi une MGF/E de retrouver, en partie, leur identité sexuelle niée avec cette pratique et également de leur redonner la parole.
Cette technique consiste à inciser le tissu cicatriciel, mettre à nu les nerfs enfouis en dessous et greffer un nouveau tissu. Cette intervention permet de réduire les douleurs résiduelles chroniques associées à la MGF/E, de retrouver une sensibilité clitoridienne et même parfois d’atteindre l’orgasme. Cette opération ne permettant cependant pas de retrouver une sensibilité clitoridienne totale.

Aujourd’hui cette technique médicale s’est propagée, notamment sur le continent africain ou Pierre Foldes a formé certains médecins au Bénin, au Sénegal et au Burkina Faso. Depuis 1994 il a reçu environ 3500 femmes, venant de divers pays et pas seulement du continent africain, qui ont pu bénéficié de la chirurgie réparatrice.

Recherche et écriture : ABERKANE Camélia, BELLAMI Victoria, GRANIER Camille, MBO Laura, PARIS Zoé

 

(1) La motié du ciel, Nicolas Kritof & Sheryl Wudunn p.353  
(2) 
http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs241/fr/
(3) http://www.slateafrique.com/95993/le-drame-de-lexcision-fille-mutilation-ghana-cote-ivoire-plaisir-sexuel
(4) Fleur du désert, Warris Dirie, p.61-62