Du poil et de l’élégance

Une jeune fille de 14 ans peut-elle librement choisir de ne pas s’épiler ? Oui ! Rien ni personne ne l’y force, ni le regard critique de la société sur le corps féminin, ni les publicités et l’industrie pornographique qui prônent un idéal de beauté imberbe, ni le tabou existant autour de la pilosité féminine. L’épilation est tellement encrée dans notre conception de la beauté qu’elle n’en est même plus questionnée et va de soi. Comment alors imaginer que nos jeunes adolescentes puissent y consentir de leur plein gré ? Il en résulte que l’épilation n’est plus un choix librement consenti mais une nécessité. Or, quand certaines vivent l’épilation comme partie intégrante de leur féminité, pour d’autres elle est un carcan, une norme sociale qu’elles ne peuvent ignorer sans craindre jugements, incompréhension, moqueries voire mépris. Car enfin, une femme qui choisit de garder ses poils est une femme qui se néglige et qui devrait avoir honte !

Mesdames, il n’est point ici question de vous dicter une ligne de conduite quant au rapport que vous entretenez avec votre corps et votre féminité. Simplement de questionner l’unique image véhiculée de la femme sensuelle, désirable et imberbe. Certes, être épilée peut être plaisant et source de confiance en soi. Cependant, pourquoi une femme qui ne s’épanouie pas dans cette conception de la beauté devrait – elle en souffrir ? D’autant que la beauté ne se résume pas à un menton, une aisselle ou un sexe exempt de tout poil. Rien ne justifie non plus que la pilosité soit un motif de rejet et de dégout. Nous pouvons être belles, pleines de confiance et de coquetterie avec ou sans nos poils ! Et qu’importe la longueur, seule leur propriétaire est apte à en juger l’inélégance selon son goût et son plaisir.

Certes il est possible de dérober sa pilosité à la vue de tous et ainsi d’échapper aux regards interloqués. Oubliez robes, jupes et débardeurs, il est impensable qu’une dame laisse paraitre une jambe velu ! Pantalons, collants opaques, et T-shirts à manches sont désormais votre credo. Contre l’épilation il existe aussi le rasage qui, sans être aussi douloureux, n’en est pas moins contraignant et périlleux. Cette technique ne saurait elle non plus être totalement satisfaisante tant par la repousse rapide que le durcissement du poil. Désœuvrées, peut-être nous tournerons nous vers le Laser qui offre une solution définitive à notre supposé problème. Or, toutes ne souhaitent pas subir une intervention souvent douloureuse et qui laisse parfois des marques permanentes sur le corps. Mesdames, il semble donc que deux choix s’imposent à nous : appliquer à nos poils la devise « pour vivre heureux vivons cacher » en réfutant notre féminité ou choisir de « souffrir pour être belle » quitte à nier notre propre définition de la beauté.

Quelles alternatives reste-t-il pour toutes celles remplies de frustration à la vue de leur corps imberbe ? Pour toutes celles qui trouvent plaisant le duvet de leurs aisselles? Pour toutes celles remplies de joie par leur sexe foisonnant? Pour toutes celles qui s’amuse de la longueur de leurs poils de jambes ? Car le poil n’est pas triste et se révèle être un formidable terrain de jeu. Coloré et teint selon l’humeur et la saison, tailler et couper selon les envies, il habille le corps féminin. Alors, à toutes celles qui aiment les jupes, les débardeurs et qui refusent de cacher leur corps poilu, il ne reste plus qu’à faire preuve de courage, de confiance en soi et d’une certaine désinvolture.

Et parlons-en de la désinvolture ! Il est indéniable que l’épilation n’est affaire que de normes sociales. Elle évolue selon les modes et les cultures. Malheur à celle qui y dérogeracar la pression qui pèse sur le poil féminin est à la hauteur des passions qu’il déchaine. En témoigne la récente polémique autour de l’artiste et mannequin, Arvida Byström, dont la dernière compagne publicitaire a agité les foules. Elle y questionne la définition actuelle de la féminité et s’aventure à dévoiler ses jambes non épilées. Vous me direz que bien qu’inhabituelle et originale, cette démarche n’a rien d’abominable et se veut même libératrice. Or, Arvida Byström a rapporté avoir reçu des messages haineux allant de la simple insulte aux menaces de viol.

Il n’est donc plus seulement question des jeunes filles de 14 ans et du regard porté sur leur corps mais aussi des femmes pour qui ignorer la norme devient dangereux. En effet, un tel torrent d’amertume peut avoir des répercutions psychologiques grave sur un individu dont le libre arbitre est ainsi brimé. D’autant qu’insultes, remarques désobligeantes et regards désapprobateurs surgissent de toutes parts et ne sont pas un fléau exclusivement masculin. Ainsi, il serait temps que tous prennent conscience de leur responsabilité dans la perpétuation de ce dictat esthétique et de l’influence néfaste que peut avoir une parole déplacée. Nous n’aurons jamais trop fait de le dire mais chacun doit être libre de disposer de son corps comme il l’entend.

Alors toutes à vos maillots mesdames, que votre poil soit libre ou éradiqué, il n’est que pour vous plaire !

Recherche et écriture : Hiru Ko. 

Série de Ben Hopper.