On ne naît pas grosse – Gabrielle Deydier

Dans ce livre, l’auteur Gabrielle Deydier, atteinte d’obésité, nous raconte sa souffrance par rapport au regard d’autrui et face à la grossophobie qu’elle endure depuis la fin de son adolescence. Cette maltraitance qui sera perpétrée par des gens qu’elle croise dans la rue, des collègues de travail, sa mère, du personnel de la santé, lui fera « raser les murs » et subir un véritable calvaire au quotidien. Dans ce témoignage poignant, elle raconte cette souffrance injustifiée dans une société impardonnable envers « les gros » et pour laquelle «l’obésité ne serait que le résultat d’une suralimentation et d’une absence d’activité physique. Socialement, l’obésité serait donc une carence de la volonté. Par conséquent, l’obèse n’est pas embauchable, jugé trop fainéant ». L’auteure rappelle alors à juste titre que la nourriture et le mode de vie ne sont pas les seuls facteurs de l’obésité, mais entrent en jeu les maladies, les conditions hormonales, le patrimoine génétique, les conditions psychologiques et économiques. « L’obésité est une maladie de la pauvreté, un smicard sur quatre est obèse ».

Rappelons que l’obésité touche 15% de la population française soit 9,9 millions de personnes. Sur ces 15%, la proportion d’obèses est quasiment identique chez les femmes et chez les hommes, mais « l’obsession du corps, elle, est radicalement différente d’un genre à l’autre ». Pour justifier cette inégalité, l’auteure, nous présente les chiffres  sur l’écrasante majorité de femmes chez les obèses qui ont recours à la chirurgie bariatrique (amputation d’une partie de l’estomac) : «50 000 interventions en France en 2015, quatre fois plus qu’en 2001, avec 80% de femmes opérées sur le total ». Cette chirurgie n’est évidemment pas sans risques, elle est devenue un véritable business et elle est parfois pratiquée sur des femmes qui n’atteignent pas la limite de poids minimum autorisée. «Aujourd’hui, si vous refusez à une personne obèse la possibilité de se faire opérer, elle va aller voir ailleurs. Les gens sont prêts à tout, les femmes notamment. Car la pression est plus importante sur le corps des femmes. »

L’auteure nous raconte d’ailleurs comment elle est harcelée par le personnel médical pour passer le cap et tenter l’opération. « Dans un monde, où les femmes ne seraient pas aussi complexées, elles se méfieraient de la chirurgie bariatrique, être ronde ou grosse ne devrait pas être un problème ».

Ecriture et recherche Lina Sibi