Les femmes marocaines s’unissent contre les violences sexistes

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Credit : Lamia Kdr


Avertissement : cet article fait mention de harcèlement, agressions sexuelles, viols et homicides

Difficile d’avoir pu échapper aux nombreux récits de femmes harcelées dans l’espace public. Encore plus difficile de ne pas avoir entendu parler des nombreux mouvements qui en découlent. De #metoo à HeForShe, en passant par Time’s up et le Groupe F (pour ne citer qu’eux), ces mouvements nous rappellent que les crimes sexistes sont universels et qu’il va tout bonnement falloir qu’ils s’arrêtent. Aujourd’hui, nous partons au Maroc où les nombreux cas de violences sexistes ont fait la une de la presse internationale ces derniers mois.


Les violences sexistes au Maroc

Tout d’abord remettons les choses dans leur contexte. Le harcèlement et les violences sexistes au Maroc sont très répandus et le patriarcat est très ancré dans la société marocaine. Les récents événements n’ont fait que montrer au monde ce que les femmes marocaines savaient déjà, à savoir la violence de la société envers les femmes. Concrètement, de quoi parle-t-on ? Il est ici question de harcèlement quotidien, agressions sexuelles, viols1, enlèvements2, meurtres3.

De plus en plus de femmes lèvent la voix contre ces violences et souhaitent que la honte change de camp. #metoo a permis de libérer la parole des femmes du monde entier et surtout de faire un constat : nous avons toutes les mêmes histoires. Le hashtag a été repris au Maroc et, plus récemment, suite aux nouveaux cas de violences4, deux nouveaux hashtags sont apparus : #Masaktach (« je ne me tais pas ») et #Machi_b_sif (« ce n’est pas suffisant ? »). Le hashtag #soisunefemme5 a également fait son apparition cet été, en opposition au hashtag #kounrajel (« sois un homme ») qui demandait aux hommes de ne pas laisser les femmes se dénuder à la plage.

En plus de témoigner sur les réseaux sociaux, les femmes marocaines manifestent6 dans la rue et entendent bien lutter sur tous les fronts. La réalisatrice Sonia Terrab met en avant le fléau que représente le harcèlement sexuel au Maroc dans sa web-série Marokkiat7, où les femmes témoignent de leurs expériences dans la rue, à visage découvert.


L’arrivée de #ZankaDialna

En mai dernier, à Safi, un homme et une femme ont été agressés par un groupe de 14 hommes pour avoir été surpris dans la même voiture alors qu’ils ne sont pas mariés8. Les images de la jeune femme ensanglantée ont vite été reprises par les media et cette violente agression a, une fois de plus, suscité l’indignation générale.

C’était la fois de trop pour les membres de l’association « Pas-rôles de femmes » dont certaines décident de fonder #ZankaDialna9 (que l’on peut traduire par « notre rue »). Ce groupe, que l’on peut également qualifier d’initiative citoyenne, a été créé sur Facebook le 1er juin 2018 et compte aujourd’hui plus de 12500 membres.

Son but ? Sensibiliser aux violences sexistes, partager des informations et agir ensemble pour changer les mentalités et transformer les rapports qu’a la société marocaine envers les femmes qui la composent.

Le 15 septembre dernier, #ZankaDialna a organisé une marche10 le long du boulevard Mohammed V à Rabat. Une prestation longue et silencieuse qui avait pour objectif de se réapproprier la rue et sensibiliser au harcèlement.

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Credit : Lamia Kdr

Où en est la société marocaine ?

Le 12 septembre dernier marquait l’entrée en vigueur de la loi contre les violences faites aux femmes. Le texte prévoit notamment d’incriminer le harcèlement, de durcir les sanctions et de prendre en charge les femmes victimes de violences. Ce pas en avant reste pourtant insuffisant et force est de constater les vides juridiques, notamment en matière de viol conjugal.

Cependant, les mentalités n’évoluent que lentement et les femmes qui osent dénoncer sont prises pour cible. Dernier exemple en date : la première femme à avoir porté plainte dans le cadre de la nouvelle loi est actuellement victime d’une campagne national de cyberharcèlement11. Cet acharnement, qui a pour seul but de dissuader les femmes de parler afin de maintenir les rapports de domination au sein de la société marocaine, montre le chemin qu’il reste encore à parcourir. Fort heureusement, les femmes marocaines sont plus que déterminées à faire entendre leur voix.


Recherche et écriture : Myriam

1 http://fr.le360.ma/societe/retro-2017-ces-affaires-de-viol-qui-ont-secoue-le-maroc-147891

2 https://www.liberation.fr/planete/2018/09/03/maroc-apres-le-viol-de-khadija-les-stigmates-d-oulad-ayad_1676366

3 http://fr.le360.ma/societe/video-etudiante-mortellement-poignardee-a-meknes-ce-quil-sest-reellement-passe-175513

4 https://www.huffpostmaghreb.com/entry/apres-masaktach-le-hashtag-machi-b-sif-denonce-le-meurtre-de-la-jeune-oumaima-qui-a-refuse-une-demande-en-mariage_mg_5bb4c419e4b01470d04d66d1

5 http://geopolis.francetvinfo.fr/maroc-sois-un-homme-et-sois-une-femme-les-injonctions-qui-agitent-la-toile-200625

6 https://www.rtbf.be/info/societe/detail_maroc-manifestation-contre-les-violences-sexuelles-a-l-encontre-des-femmes?id=9690184

7 https://www.telerama.fr/television/marokkiat,-la-web-serie-coup-de-poing-qui-fait-parler-les-marocaines,n5570398.php

8 https://www.huffpostmaghreb.com/entry/video-de-lagression-a-safi-les-assaillants-poursuivis-pour-coups-et-blessures_mg_5b154dd7e4b010565aae276d

9 https://www.facebook.com/groups/2103144336624974/

10 https://www.welovebuzz.com/zanka-dialna-le-mouvement-qui-vous-permet-mesdames-de-marcher-dans-la-rue-sans-rien-craindre/

11 https://www.huffpostmaghreb.com/entry/je-suis-un-male-rendez-moi-mon-droit-au-harcelement-sexuel_mg_5ba8ae3ee4b0375f8f9e9399