La place des femmes dans la société Iranienne

Cet article est le résumé de la conférence du 04 avril 2016 organisée par l'association Humans For Women à la Sorbonne. 
L'objectif de la conférence était de définir la place des femmes dans la société Iranienne contemporaine. 
 

Le 2 juin, des Iraniennes célèbrent l'équipe de football avant son départ pour la Coupe du monde au Brésil - Photo AFP

Plan de la conférence et présentation des intervenants :

  • Partie I : la place des femmes dans l'économie iranienne et l'évolution des mentalités. 

    Thierry Coville : docteur en sciences économiques, chercheur à l'IRIS et spécialiste de l'Iran.  Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays. Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches sur l’Iran contemporain et a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur ce sujet.
     

  • Partie II : L'évolution des revendications des femmes Iranienne au fil du temps et ses différentes causes (l'occident, l'état, la religion)

Monika Mousavi : titulaire d'une spécialisation en Sciences Politiques à l'Université de Téhéran et d'une maîtrise en Études Politique à l'EHESS. Thèse en cours de réalisation sur l'émergence des intellectuels intermédiaires en iran dans le prolongement de la révolution islamique de 1979

  • Partie III : L'exemple des femmes artistes : de quelle façon font-elles valoir leur propre expérience artistique, en affirmant leur désir d'espace de liberté et de créativité face à l’État et aux pesanteurs culturelles.

Hanieh Ziaei : doctorante en sociologie à l'Université du Québec à Montréal en cotutelle avec l'Université Paris Diderot et coordinatrice de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord (OMAN) au sein de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM. Thèse en cours sur les artistes iraniens émergeant à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Iran et sur leur engagement politique.
 

I. La place des femmes dans l'économie iranienne et l'évolution des mentalités - thierry coville

Les réponses apportées sont basées sur une enquête sur des dirigeants d'entreprise familiale en Iran, réalisée en août 2014 par Thierry Coville. Cette enquête s'appuie sur l'interview de 25 chefs d'entreprise familiale, dont 3 femmes, dirigeants de PME dans le secteur notamment de l'énergie des transports ou des services. Le secteur privé représente entre 15 et 20% des entreprises iraniennes. Cette enquête réalisée sur l'ensemble du territoire, notamment dans le sud, a le mérite de refléter l'évolution générale du pays dans son ensemble et pas uniquement à Téhéran ou l'évolution d'une certaine catégorie de la population plus bourgeoise.
 

1. Le résultat de l'enquête : la place croissante des femmes dans l'économie iranienne

L'élément qui revient dans cette enquête c'est la place croissante des femmes dans l'économie iranienne, traduisant une évolution de la société sur la place de la femme

En effet, en outre d'être considérées comme plus attentives aux détails par les dirigeants interrogés, les femmes sont jugés efficaces dans leur travail. Or, la compétence d'un individu prime désormais sur son sexe au sein de l'entreprise iranienne. Ainsi, sur les 25 responsables interviewés, 23 ont répondu préférer voir leur fille dirigée face à leur fils dans le cadre de la succession de l'entreprise, si cette dernière s’avérait plus compétente.

Fatemeh, chef d'entreprise © Radio France / Isabelle Labeyrie

Néanmoins cette évolution ne signifie pas que la place des femmes au sein d'une entreprise est facile. Les femmes dirigeants subissent une pression énorme du gouvernement iranien mais il y a 20-30 ans, elles devaient également endurer la pression sociale pour créer une société.

Cette nouvelle place des femmes est le résultat d'une évolution du contexte au sein de l'entreprise, qui se traduit par l'importance et la priorité donné à la compétence.

En effet, l'entreprise donne comme valeur première l'efficacité de l'individu avant même sa religion ou son sexe, signe d'une société qui s'oriente vers le capitaliste, avec une vision plus rationnelle du monde. La religion n'a d'ailleurs jamais été abordé dans les entretiens car sa place est moins importante dans ces entreprises. Elle est désormais de l'ordre de la sphère privé pour la classe moyenne.

D'autre part, le modèle de la famille patriarcale évolue également, permettant d'établir des nouvelles relations au sein des familles entre les hommes et les femmes, ce qui n'est pas sans conséquence au sein d'une entreprise familiale. Les relations entre hommes et femmes, père et enfants sont plus équilibrés, ces derniers peuvent désormais donner leurs avis. Les dirigeants interrogés témoignent qu'ils ne peuvent plus donner d'ordres à leur fille ou fils, mais doivent dorénavant les accompagner dans leur travail.

Enfin, plus globalement, la société est dans un rejet de l'arbitraire, elle réclame des institutions publiques efficaces. Elle souhaite passer d'un système de relations à un système de règles, elle désire un état de droit et cela se ressent dans les entreprises.

La place des femmes s’insère dans l'évolution de ce contexte.

 

2. Quelles sont les causes qui ont provoqué l'évolution des mentalités au sein de la société ?

Avant la révolution islamique de 1979, qui remet en cause et annule la loi sur la famille du régime précédent, certains groupes sociaux se voient écartés de la direction moyenne du pays en raison du souhait du régime précédent de construire un état plus laïque. C'est le cas des bazaris, un groupe social influant de bourgeois commerçants avec des valeurs religieuses traditionnelles ancrées. Après la révolution, ils sont remis en première ligne dans la mesure où le nouveau régime s'appuie sur eux pour assurer la bonne marche du pays en donnant l'exemple. Ils entrent alors en concurrence avec d'autres groupes sociaux, aboutissant à un choc social et à des imitations entre groupes sociaux différents.

Ces imitations ont conduit à une hausse du niveau moyen d'éducation depuis la révolution. Ainsi l'Iran compte entre 600 000 nouveau diplômés de masters et doctorants chaque année.  Cette hausse massive de l'accès à l'éducation a bénéficié aux femmes : au moins 50% des filles sont dans les universités et accèdent même à des branches telle que l'ingénérie. Or, d'avantage de femmes diplômés, c'est d'avantage de femmes compétentes qui peuvent d'accéder à des postes avec des responsabilités. De plus, l'éducation permet de développer sa réflexion et contribue au changement des mentalités.

Voir la photo sur le site

3. Les conséquences de cette évolution et les réponses politiques :

  • 1er problème :

Mais cette évolution des mentalités n'est pas sans poser problème dans la mesure où elle est portée par une classe moyenne qui subit des problèmes de chômage, d'inégalités : 20% des diplômés en Iran se retrouvent au chômage, inégalité des revenus avec une partie de la société rentière. Or, si le gouvernement iranien ne répond pas à ces problèmes sociaux qui épuisent cette classe moyenne, cette dernière va s'essouffler tout comme le changement des mentalités auquel elle contribue. 

  • 2ème problème :

Dans le cadre du rejet de l'arbitraire et du désir d'autonomie qui animent la société, la question de la privatisation devient centrale. Les dirigeants se sentent prêts comme en témoigne la dirigeante interrogée d'une entreprise de pétro-chimie, qui considère les entrepreneurs comme elle prêts et avec les capacités pour pouvoir gérer le passage à la privatisation.

  • 3ème problème : 

Par conséquent, il est nécessaire de bâtir des institutions publiques dans lequel les acteurs auront confiance pour pouvoir espérer un développement du secteur privé et répondre ainsi au souhait de la société.
 

Ces points constituent un chantier énorme pour le gouvernement et se révèle difficile à mener dans le cadre de tensions politiques externes mais aussi internes.
 

En conclusion : 

Si le secteur privé devenait plus important en Iran, cela constituerait un élément bénéfique non seulement pour les femmes ou pour l'économie iranienne mais aussi pour une prise de pouvoir de la société civile et donc pour l'Iran dans son ensemble.

Il faudrait compter sur la diplomatie française pour être d'avantage active en proposant notamment des partenariats économiques pour aider au développement de ce secteur privé iranien et stopper de considérer le pays comme "dangereux".

 

II. Les modalités de l'évolution de la place des femmes en iran - monika mousavi
 

1. Un processus de re-sécularisation de la société dans lequel s'insère le mouvement des femmes

L'émergence des revendications des femmes se fait en parallèle à celui d'autres mouvements étudiants et intellectuels dans les années 90 dans une volonté de démocratie et de re-sécularisation.

Le mouvement des femmes présentent des spécificités dans la mesure où la conception de la femme est particulière en Iran entre celle des islamistes / des non islamistes, des femmes / des hommes. Elles sont par conséquent considérées comme une entité différente et séparée des autres, entraînant l'apparition de discriminations et la difficulté de se faire entendre en tant qu'actrices sociales.

Néanmoins, à partir des années 90, cette conception commence à évoluer et un début de dialogue s'instaure entre les différentes entités. On reconnaît l'individualité et donc la question de la femme et leurs revendications.

Après l'émergence du mouvement, un second processus dans le cadre de la re-sécularisation se met en place pour les femmes. Ces dernières ne souhaitent plus seulement revendiquer leur identité et leurs droits mais veulent également avoir un impact dans la société, trouver un espace disponible pour créer un lien avec elle. Les femmes ne cherchent donc plus simplement à créer des vérités, mais à s'insérer dans la réalité, dans la société vécue, c'est un changement de la vérité vers la réalité. 

Voir la photo sur le site

2. Les conséquences de la re-sécularisation pour la femme iranienne

Dans cette démarche de re-sécularisation, la femme iranienne devient un individu propre, entraînant une évolution de sa place dans la société.

Tout d'abord au sein de la structure familiale la femme devient d'avantage actrice. Elle à désormais des responsabilités notamment économiques. Elle a la possibilité d'avoir des échanges et d'émettre des avis avec les autres membres de la famille notamment masculins, ce qui n'était pas possible avant la révolution en raison des discours traditionnels religieux. De ce fait l'autorité familiale s'en retrouve modifiée.

En trouvant sa place au sein de la famille, la femme iranienne ne se contente pas de devenir une actrice au sein de la structure familiale, elle devient une actrice dans la société. En effet, avec ses nouvelles responsabilités, elle commence à travailler.

Grâce à ces évolutions, à travers leurs expériences vécues dans la famille, le travail, l'activité politique depuis les années 90, les femmes prennent conscience de l'espace vide à combler, de la place qu'elles peuvent occuper dans la société. Elles se considèrent non plus comme un groupe mais comme des individus actifs qui existent pour donner leur propre avis.

 

3. Les causes de l'évolution de la place des femmes

L'évolution de la place des femmes n'a été possible que grâce à l'évolution d'une société toute entière et notamment concernant la place des hommes et leurs revendications.

Dans un premier temps, la généralisation de l'enseignement local dans l'ensemble du pays, y compris en campagne et le développement de l'enseignement secondaire avec les universités permet d'intérioriser les nouveaux concepts d'égalité et de droits dans l'esprit des filles et des garçons.

D'autre part, le développement des outils de communications comme Twitter, Facebook relayent ces nouveaux concepts auprès de la jeunesse et des femmes.

Enfin, après la guerre d'Irak, on assiste à un changement de regard et de discours chez les intellectuels iraniens concernant la religion et plus précisément l'islam politique, qui s'inscrit dans ce désir de resécularisation de la société.

Les femmes sont porteuses des changements souhaités par la société tandis que le système reste statique avec des lois qui sont rarement modifiées. Pourtant les femmes attendant des réponses du système judiciaire et religieux sur leur condition.

Les hommes pour la majorité sont favorable à leurs revendications et prêts à modifier la loi islamique pour lui donner un caractère plus humain. Ainsi, il y a 10 ans, une campagne contre les discriminations des femmes dans les lois religieuses avait rassemblé plus d'un million de signatures. 

Capture d'écran de la campagne pour un million de signatures 

4. la place des femmes actuelles dans la société

Le mouvement s'est généralisé au sein des différentes couches sociales : inférieure, moyenne, journalistes, intellectuelles ... Et les campagnes de mobilisations contre les discriminations subies par les femmes sont toujours aussi massives tel que la campagne menée sur Facebook pour lutter et médiatiser le jet d'acide sur les visages des femmes.

Mais désormais les femmes veulent disposer de leur propre autonomie sur leur corps tout en restant religieuses, ce qui nécessite de modifier de nombreuses lois comme celle sur la question des biens qui est actuellement étudiée à l'assemblée nationale pour permettre à la femme de devenir égalitaire à l'homme.

Les femmes iraniennes ont conscience qu'il y a eu de nombreuses révolutions en un siècle mais que pour continuer à avancer il faut désormais des réformes progressistes.

 

III. L'exemple des femmes artistes : de quelle façon font-elles valoir leur propre EXPÉRIENCE artistique, en affirmant leur désir d'espace et de liberté.

Les théories féministes, d'origine massivement occidentales, refusent homogénéisation des femmes et occultent leur diversité. Certains sociologues comme l'iranienne Azadeh Kian considèrent ces théories féministes comme aliénantes pour la femme, dans la mesure où elles reproduisent la hiérarchisation des races notamment avec l'image de la femme musulmane : passive et soumise, stéréotype auquel n'échappe pas la femme iranienne.

Or, les femmes subissent cette image contre-productive de la femme victime, qui est instrumentalisée par la diaspora iranienne, les médias mais aussi à l'extérieur du pays. 
Les artistes iraniens et tout particulièrement les femmes vont tenter de contrebalancer cette image.

1. Les problèmes liés à la censure et même à l'auto-censure

En effet, en Iran la liberté de création et de pensée se posent pour les artistes. Il suffit de prendre l'exemple parmi tant d'autres de l'artiste Atena Farghadani, dessinatrice condamnée à 14 ans d'emprisonnement pour une oeuvre représentant des députés parlementaires. Le régime, pour justifier et légitimer cette condamnation, fit accusé l'artiste d'outrage et d'atteinte à la sécurité de l'État. (ci-dessous Atena et le dessin qui lui a valu d'être condamnée)

De même toute production artistique qu'elle soit d'ordre théâtrale, cinématographique ou une exposition publique, doit obtenir les accords des institutions gouvernementales avant d'être présentée au public. En ce qui concerne la musique, toute représentation musicale à la télé ou en publique est interdite. C'est donc l'autorité gouvernementale qui décide de ce qui est bien ou mal en imposant une censure étatique, religieuse, politique et morale.

Le régime justifie ses recours à la censure par la mise en place de règles de conduites moralisatrices au sein de la société. L'Iran est un pays constituée par une société clanique avec une caste dominante qui refuse de perdre ses privilèges et institue ces règles de moralités pour ne pas les perdre. Par conséquent, les oeuvres remettant en cause cet ordre établi et proposant un nouvel ordre, sont jugées menaçantes et censurées. Mais, la censure est présentée par le régime comme bénéfique, pour protéger contre les dangers d'une image ou d'une oeuvre.

 

2. Une vie artistique iranienne malgré la censure

Malgré cette pratique de la censure, une vie artistique existe en Iran, en témoigne la maison du cinéma à Téhéran ou l'action du maire de la capitale en remplaçant 2000 pancartes publicitaires par des tableaux classiques de Magritte ou Van Gogh, pour encourager les iraniens à se rendre au musée. De même, il existe de nombreux festivals en Iran chaque année et le musée d'art contemporain de Téhéran accueille des artistes internationaux. Ces différents éléments semblent étonnants dans le cadre de la censure et c'est tout le paradoxe iranien.

Source

Il est important de noter la présence significative des femmes artistes dans la vie artistique iranienne dans la mesure où il s'agit d'un indicateur intéressant pour établir le changement social contemporain.

En effet, les femmes continuent toujours de subir la domination masculine et religieuse et d'être interdites dans l'espace publique de chant ou de danse mais désormais elles ne sont plus simplement des modèles ou des muses représentées de manière idéalisée et romantisée dans les œuvres, elles sont des artistes. Ainsi le nombre de femmes réalisatrices est estimé à 25% en Iran.

Ces femmes artistes rejettent le mythe de la femme musulmane subordonnée à la domination du patriarche ou plus largement masculine.

 

3. L'engagement dans le domaine artistique

Nombreux sont les artistes partis en exil en raison de leur engagement dans le domaine artistique. Cet exil permet d'apporter une visibilité dans les médias occidentaux à certaines causes iraniennes. Cependant, elle a également pour conséquence d'entraîner l'idéalisation du marché occidental pour les artistes "exotiques". Ainsi, de nombreux artistes ont été ramené depuis l'Iran mais aussi la Chine ou Cuba. L'exposition Mahmoud le méchant de l'artiste Sayeh Sarfarz au Canada en témoigne en touchant à la question du président iranien.

Source

En 2009, un mouvement contestataire, appelé le mouvement vert, descend dans les rues à l'approche des élections. La présence des femmes est massive dans ses rangs et de très nombreux artistes prennent également position et s'engagent à travers leurs œuvres en dénonçant la répression du régime ou en célébrant les victimes de ce mouvement.

Neda a été tuée par balle lors de la répression des manifestations. Elle est devenue la figure emblématique de ce mouvement. 

 

Cependant face au contexte de la censure, tous les artistes ne font pas le choix de l'engagement ou de la contestation dans leur pays. Certains préfèrent le silence ou d'autres l'exil. En 2009, beaucoup ont préféré quitter le pays.

Mais ce besoin de partir, ne réside pas seulement dans la volonté de fuir la répression et la censure, c'est également le désir de chercher un espace libre de création et surtout un espace de visibilité pour obtenir une légitimité artistique à l'étranger avant de retourner plus tard en Iran avec un plu-value.

Paradoxalement, les artistes en exil mettent d'avantage en avant les éléments nationaux dans leurs œuvres, comme un besoin de repères.

Néanmoins, il n'est pas facile de sortir ou de rentrer dans le territoire iranien, l'obtention d'un visa est difficile. En revanche, les œuvres voyagent plus facilement. Ainsi, l'exposition Unexposed à Bruxelles en 2012, présente les œuvres de 40 artistes femmes iraniennes sélectionnées parmi 400 candidates mais aucunes d'entres elles n'a pu être présentes sur place lors de la tenue de l’événement. 

 Voir l'image sur le site 
 

4. Les revendications de ces femmes artistes à travers leurs oeuvres

Quelque soit les sujets mis en avant dans les œuvres, ils reflètent la réalité sociale de l'Iran : l'esthétique (Après le Liban, l'Iran est le second pays du Moyen-Orient a pratiqué la chirurgie esthétique), la censure, l'utilisation des réseaux sociaux ou encore le rapport au corps ...

Deux oeuvre de l'artiste peintre Homa Arkani : Just for you et Share me. 

Ce dernier point est souvent abordé dans la mesure où les femmes subissent une pression sociale et masculine importante concernant leurs corps dans un contexte de révolution sexuelle depuis une dizaine d'années. 

Cependant, toute représentation d'une femme sensuelle et féminine peut-être toujours considérée par le régime comme une oeuvre avec une connotation érotique et donc une oeuvre dangereuse réalisée par un artiste ennemi de la société (tout approche à la nudité et à la sexualité est interdite).

L'exemple de l'artiste Maryam Izadifar fait découvrir à travers son oeuvre basée sur le soutien-gorge le corps et la sexualité.

À travers ces œuvres c'est une recherche de soi, d'introspection et d'identité qui est revendiqué, à l'image de l'artiste Saye Sky, exilée, qui se revendique lesbienne, féministe et rappeuse.

Ces femmes artistes cherchent à redéfinir une nouvelle identité sociale qui se veut toujours plus multiple en raison de la dualité exigée par la société.

 

Pour conclure :

Les femmes artistes sont des actrices sociales qui remettent en cause l'image de la passive. Néanmoins, il y a risque d'instrumentalisation de l'image de la femme lorsque certaines veulent parfois choquer pour être exposées.

 

Questions : 

Comment le régime iranien se positionne sur la question du degré de censure à appliquer (sachant qu'il s'est inspiré des autres régimes et que la censure sera différente en fonction du marché du cinéma ou de la télévision) ? Et peut-il évoluer sur cette question de la censure face aux nouvelles mentalités qui émergent ?

 

ponse de Hanieh Ziaei :

Il existe différentes formes de censures qui vont évoluer avec le temps : étatique, idéologique religieuse.

Pour ne pas s'attirer les foudres de la société civile, le régime se justifie en donnant à la censure une valeur morale ou un sens politique.

Cette contrainte est intériorisée et intégrée par la société. Par exemple, les scénaristes iraniens connaissent la règle de 3 : le scénario est filtré à 3 reprises lorsqu'il est envoyé au ministère dans le but de vérifier la correspondance avec la loi islamique pour l'intégralité des mot employés dans le script.

Mais face à ces contraintes et à une constitution jamais garante de leurs protections et très corrompus, les artistes se sont adaptés en développant des jeux de subtilité. Ainsi, le mot vodka sera par exemple remplacé dans un script par le mot boisson ou la représentation sexuelle sera représentée au théâtre de manière image à travers deux acteurs devant une machine à écrire.

Prise de note, réécriture et relecture : Charlotte Beaufils