Une excision en échange d’une éducation : l’histoire de Kakenya Ntaiya

Chez les Maasaïs, on élève les garçons à être des guerriers ; on élève les filles à être des mères. Fiancée à 5 ans, Kakenya Ntaiya se prépare, à 12 ans, à être une mère et une épouse parfaite : debout à 5 heures du matin pour traire les vaches, balayer la maison, cuisiner pour ses frères et sœurs, aller chercher de l'eau, du bois pour le feu. Afin de devenir pleinement une épouse, Kakenya ainsi que toutes les jeunes filles Maasaïs doivent passer par une cérémonie, un rite de passage qui mettra fin à leur scolarité. Cette cérémonie consiste en une mutilation génitale plus connue sous le nom d’excision. Kakenya Ntaiya était donc destinée à suivre le chemin traditionnel de la culture Maasaï.

 

Kakenya avait un rêve différent.

Déterminée à poursuivre son éducation, elle conclut un accord avec son père : la poursuite de ses études en échange de son excision.

Selon elle, son père a seulement accepté cet accord parce qu'il ne s'attendait pas à ce qu'elle se remette de la procédure immédiatement. Il pensait même qu’elle ne s’en remettrait pas du tout. En effet, cette opération sans anesthésie peut être mortelle. Les risques ne concernent pas seulement la santé physique, l’excision comporte également un risque pour la santé mentale. La procédure peut augmenter les complications à l’accouchement et le décès maternel. Les nombreux effets secondaires incluent des douleurs intenses, des hémorragies, le tétanos, la stérilité, des kystes et des abcès, l’incontinence ou des troubles d’ordre sexuel ou psychologique.

Alors que la circoncision féminine et le mariage d'enfants sont maintenant illégaux au Kenya les responsables reconnaissent que certaines zones rurales tribales notamment persistent à le pratiquer. Bien que l'éducation primaire gratuite ait été imposée, il y a 10 ans par le gouvernement kényan, l'éducation des filles n'est toujours pas une priorité pour la culture Maasaï.

La pratique est concentrée dans 28 pays africains, au Yémen et au Kurdistan irakien ainsi que dans une moindre mesure en Asie. Selon un rapport de 2013 de l'UNICEF, environ 130 millions de femmes et de filles vivent avec une MGF dans le monde. L'origine de ses mutilations est inconnue mais elles sont profondément ancrées dans les traditions de nombreux groupes où elles sont associées à la pureté, à la chasteté et constituent un rite de passage à l'âge adulte.

Mais alors que les filles subissant l'excision étaient censées guérir sans aide médicale, la mère de Kakenya s’est assurée du bon rétablissement de Kakenya. Son père n'a alors pas eu son mot à dire, il a dû tenir sa promesse.

Elle reçoit une bourse pour continuer ses études au Randolph-Macon Women's College en Virginie et arriva à convaincre les anciens du village de la laisser partir et de financer son billet d'avion. En échange, elle leur promet de revenir pour aider sa communauté. Après son Bachelor obtenu en 2004, elle devient conseillère pour la jeunesse au Fonds des Nations Unies pour la population. Elle obtient un doctorat de l'Université de Pittsburg en 2011, où elle reçoit le Sheth International Young Alumni Achievement Award.

« J’ai fait un rêve où toutes les filles de mon village pouvaient aller à l'école. » Kakenya Ntaiya

Kakenya est aujourd’hui la fondatrice et présidente du Kakenya Center for Excellence, un internat primaire pour les filles du village Maasaï d'Enoosaen. Le centre exige des parents qu'ils ne soumettent pas leurs filles inscrites à une mutilation génitale ni au mariage forcé. Kakenya a fondé le rêve de Kakenya pour éduquer les filles, élever sa communauté et ainsi mettre fin aux pratiques traditionnelles néfastes.

La première promotion, comptant 32 élèves, commence en mai 2009. Aujourd'hui, le Dr Kakenya Ntaiya rejoint des milliers de jeunes filles et de membres de la communauté chaque année, grâce aux programmes visionnaires, holistiques et centrés sur les filles qu'elle a initié au rêve de Kakenya, toujours en suivant l’idée de son slogan, empowering girls, transforming communities

 

Recherche et écriture : Fiona Filiberti