Les conséquences du mouvement #MeToo

C’était il y a un an. Le 15 octobre 2017, l’actrice américaine Alyssa Milano s’empare de Twitter afin d’inciter toutes les victimes de violences sexuelles à reposter le simple message #MeToo sur les réseaux sociaux. Cette réaction fait suite à l'éclatement de l’affaire Weinstein révélée au monde entier par le New York Times quelques jours auparavant. Le résultat est sans appel : Le hashtag est partagé plus de douze millions de fois en une seule journée[i]. C’est le début de ce que certains médias vont qualifier de « rupture historique majeure » dans la révolution féministe contemporaine.  

 

Ce mouvement n’est pourtant pas si nouveau. Avant de se manifester sur les réseaux sociaux sous la forme d’un hashtag devenu viral, MeToo était une campagne lancée en 2007 par l’activiste afro-américaine Tarana Burke dont l’objectif était de mettre en lumière les abus sexuels au cœur de notre société[ii]. La sensibilisation sur les violences sexuelles réside en effet au cœur de nombreuses préoccupations féministes depuis déjà quelques années. Mais on ne peut nier la véritable libération de la parole engendrée par la vague déferlante de #MeToo. De nombreuses actrices Hollywoodiennes franchissent délibérément le pas en partageant publiquement leurs propres expériences dans l’espoir d’impulser des changements drastiques et durables. Le 6 décembre 2017, les « briseurs de silence » font la une du Time[iii]. Le 8 janvier 2018, Oprah Winfrey reçoit le célèbre prix Cecil B. DeMille et marque les esprits en prononçant un discours engagé et optimiste, chérissant l’idée d’un futur où l’on n’aurait plus à dire « Me Too »[iv]. Les témoignages se multiplient, soulignant le caractère systémique des agressions sexuelles et l’urgente nécessité d’agir.

Le phénomène #MeToo ne saurait se limiter aux Etats-Unis ou à l’industrie du cinéma. Il revêt à lui seul un caractère symbolique qui dépasse les frontières géographiques ou sociales. Différentes déclinaisons ont toutefois vu le jour : #BalanceTonPorc en France (créé par la journaliste française Sandra Muller), #Quellavoltache en Italie (popularisé par l’actrice italienne AsiaArgento) ou encore #EuTambém au Brésil[i]. Cette vague d’indignation médiatique mondiale atteste d'une réelle volonté de changement.Au final, un an après, quel bilan peut-on dresser ?

Tout d’abord, ce mouvement s’est révélé catalyseur d’un pouvoir insoupçonné. En libérant progressivement la parole des personnes concernées par les violences sexuelles, il a démontré sa propension à la solidarité et au rassemblement. L’espoir est au changement, à l’abolition d’un temps où le viol est tabou, d’un temps où la honte et la culpabilité sont réservées aux victimes, d’un temps où le silence et l’enfermement s’avèrent être les seules solutions envisageables. Selon différentes associations spécialisées, les témoignages sont en effet de plus en plus nombreux. En France, le nombre de plaintes déposées pour violences sexuelles a augmenté de 23% au cours des six premiers mois de l'année 2018[ii]. Le 3919, numéro dédié aux victimes de violences sexuelles, a vu son nombre d’appels augmenter d’environ 30% au cours de l’année passée[iii]. De plus, les groupes de soutien se multiplient pour accompagner psychologiquement les victimes et sensibiliser l’opinion publique.

Cependant, le chemin à parcourir est encore long. Le nombre croissant de témoignages souligne la nécessité de mettre en œuvre des structures spécialisées capables de répondre correctement aux besoins des victimes. Il convient également d’appréhender le caractère primordial de la notion d’intersectionnalité. Les femmes font face à de multiples discriminations au quotidien, qu'il s'agisse de leur classe, de leurs origines ou encore de leur orientation sexuelle. Ces multiples discriminations démontrent l'impossibilité de généraliser les réponses apportées tant les situations peuvent être hétéroclites.  Enfin, l’actualité nous pousse à nous demander si les évolutions engendrées par #MeToo ne sont pas susceptibles d’être phagocytées par certaines réactions conservatrices. Chaque tentative d’émancipation doit faire face à des mouvements réactionnaires et celle-ci ne déroge pas à la règle. Qu’il s’agisse de la tribune du collectif de 100 femmes « défendant une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle »[iv] ou de la récente nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour Suprême malgré plusieurs accusations d’agressions sexuelles, les contre-réactions s’enchaînent et se déchaînent. La décision de nombreux hommes en Corée du Sud à restreindre tout contact avec leurs collègues féminines afin d’être exemptés de toute accusation[v] constitue aussi un autre exemple de réactions extrêmes.

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La révolution #MeToo s’est donc propagée dans toutes les sphères de notre société telle une onde de choc, marquant le début d’une ère de contestation nouvelle. L’heure est maintenant à une concrétisation plus poussée des actions à mener et à une persévérance des revendications et des témoignages pour obtenir de réels changements.

Recherche et écriture : Lorrie Gordon


Sources :

[i]http://www.slate.fr/story/152684/mouvements-balancetonporc-metoo-exportent

[ii]http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/violences-de-genre/actualites/article/cp-un-an-apres-metoo-la-lutte-contre-les-violences-sexistes-et-sexuelles-doit

[iii]https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/metoo-un-an-apres-quel-bilan-1107037.html

[iv]https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/09/nous-defendons-une-liberte-d-importuner-indispensable-a-la-liberte-sexuelle_5239134_3232.html

[v]http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20180327-effets-pervers-inattendus-me-too-mouvement-coree-sud-femmes

[i] https://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/10/13/chronologie-de-l-affaire-weinstein_5200261_3476.html

[ii] https://www.liberation.fr/planete/2018/01/12/qui-est-tarana-burke-la-femme-a-l-origine-de-metoo_1621704

[iii] https://www.franceinter.fr/societe/les-dates-cle-du-mouvement-metoo

[iv] http://madame.lefigaro.fr/societe/discours-integral-oprah-winfrey-golden-globes-2018-video-texte-traduction-090118-146317

[i] https://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/10/13/chronologie-de-l-affaire-weinstein_5200261_3476.html

[ii] https://www.liberation.fr/planete/2018/01/12/qui-est-tarana-burke-la-femme-a-l-origine-de-metoo_1621704

[iii] https://www.franceinter.fr/societe/les-dates-cle-du-mouvement-metoo

[iv] http://madame.lefigaro.fr/societe/discours-integral-oprah-winfrey-golden-globes-2018-video-texte-traduction-090118-146317