Big hair don't care

Cheveux frisés, crépus, bouclés, wavy … nombreuses déclinaisons, nombreuses formes et nombreuses textures mais une communauté : les curlies. Dans une France multiculturelle qui accueille des femmes de diverses origines ; une forme de discrimination persiste, silencieuse et discrète, souterraine et taboue, celle qui touche les cheveux mais qui reflète insidieusement une discrimination raciale et sexuelle.

« Pourquoi tu ne te lisses pas les cheveux ? », « Je peux toucher ? », « Quelle touffe ! », « On dirait un mouton », ces commentaires parfaitement déplacés rythment pourtant la vie de nombreuses femmes et filles aux cheveux frisés.

Comment expliquer cette peur récalcitrante de ce type de cheveux ? Quelles en sont ses conséquences sur les femmes en société ?

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Nous pouvons clairement partir d’un constat : en occident, les standards de beauté sont les femmes minces, grandes, blanches et depuis les années 2000 surtout, aux cheveux lisses.

La conséquence directe de ces diktats de beauté en France ou dans un autre pays occidental est l’absence cruciale de modèles pour les jeunes filles noires aux cheveux frisés, crépus, bouclés. Les magazines, les personnages principaux de films ou de livres, les présentatrices télé, les chanteuses, les politiques ou même les personnages de dessin animé ne portent que très rarement leurs cheveux naturels, volumineux et frisés. Même les personnalités influentes noires qui ont ce type de cheveux naturellement n’osent l’afficher publiquement: Oprah Winfrey, Michelle Obama, Beyoncé… n’en sont que quelques exemples.

 

Le règne du cheveu lisse en France et dans le monde est bien présent : les cheveux lisses symbolisent l’ordre, la classe, la beauté contrastant avec le cheveu frisé qui lui, prendra trop de place, sera synonyme de désordre, parfois qualifié de « trop vacances », « peu professionnel ».[1]

Une petite fille aux cheveux frisés qui grandit dans un monde où ses cheveux ne sont pas représentés, se construit en essayant le plus possible de s’identifier aux idéaux de mode bien connus quitte parfois à renier une partie fondamentale de son identité physique et culturelle, ses cheveux. Commencent alors pour certaines, le cycle infernal de la course aux cheveux lisses : lissages brésiliens, fer à lisser tous les matins, crèmes lissantes… Autant de produits et méthodes dangereuses pour la santé qui dévitalisent et brûlent le cheveu afin qu’il soit « normal » c’est-à-dire, raide.

Photo Michelle Obama : American Libraries Magazine

Photo Michelle Obama : American Libraries Magazine

La France intériorise ces normes de beauté à nombreux égards, créant un véritable fossé entre femmes aux cheveux frisés et celles aux cheveux lisses :

Remarquons tout d’abord que les supermarchés français ne laissent aucune place pour la communauté des cheveux frisés : aucun produit de cosmétique capillaire n’est réellement adapté à ces différents types de cheveux sur les étals. Les shampooings, après-shampooings et masques de marque standard contiennent tous des parabènes, silicones, sulfates qui peuvent occasionnellement faire briller les cheveux lisses (et encore !) mais s’avèrent être des détergents puissants, asséchants et nocifs pour les cheveux frisés.

Les salons de coiffure perpétuent cette discrimination en étant hermétiques aux cheveux volumineux et frisés. Les coiffeur-euse.s ne sont nullement formé.es à coiffer ce type de cheveux (ce qui paraît tout de même ironique considérant que les cheveux sont le cœur de leur profession) et les salons adaptés se comptent sur les doigts d’une main en France et leurs prix restent un luxe que toutes ne peuvent se payer ! Notons également la banale diabolisation des cheveux bouclés visible sur l’enseigne d’un salon marseillais qui se dit « SPECIALISTE DES CHEVEUX DIFFICILES ».

Toutefois, face à cette peur des cheveux frisés et aux diktats de beauté des cheveux lisses imposés ; nombreux mouvements se sont développés, nés pour la plupart aux Etats-Unis. S’inspirant pour la plupart du phénomène « nappy » (naturally happy) qui débute là-bas dans les années 2000 mené par des femmes noires qui, à l’image des Black Panthers libèrent leurs cheveux crépus, et leurs afros en signe de révolution ; les mouvements actuels aux différents appellations « naturallycurly » ou « transitioning » ou le « Big Hair Don’t Care » prônent tous un retour au naturel.

Ils prennent de plus en plus d’ampleur. Sur la toile, une véritable communauté d’entraide existe et permet l’échange de nombreux conseils capillaires, recettes et bonnes adresses ! Bien plus qu’une simple communauté de mode, elle exprime un regain de confiance, une acceptation de soi et message important : les cheveux frisés, locksés, bouclés, crépus et autres sont une arme n’en déplaise aux diktats de beauté occidentaux.

Car réapprendre à s’occuper de ses cheveux longtemps dévalorisés, c’est réapprendre à s’aimer et se réclamer son identité propre, c’est revendiquer ses origines et son histoire. En ce sens, revenir au naturel ou assumer ses cheveux n’est pas juste une question de mode superficielle, c’est une question symbolique et un acte aussi politique qu’identitaire.

Photo : Shameless Maya

Photo : Shameless Maya


En savoir plus sur le Nappy et le NaturallyCurly :

-          La bible des cheveux frisés : Curly Girl : The Handbook – Lorraine Massez

-          https://www.naturallycurly.com/

-          La chaîne Youtube de SunkissAlba

-          https://www.dailymotion.com/video/x6mb2l7

 

Ecriture : Héma SIBI