Loi archaïque sur l’avortement en Alabama: lorsque les hommes l’emportent sur le corps des femmes

Loi archaïque sur l’avortement en Alabama: lorsque les hommes l’emportent sur le corps des femmes

Le 15 Mai 2019 pose un voile sombre sur le monde et les droits des femmes. L’Alabama vote une des lois les plus autoritaires de son pays en matière d’avortement.

Le texte, voté par 25 hommes blancs républicains du Sénat de l’Alabama, opposé par 6 démocrates dont deux des quatre femmes du Sénat, criminalise l’avortement et impose une interdiction quasi-totale de celui-ci.

Mettant l’accent sur la « sainteté » et les droits de l’enfant à naître, la loi cherche à défier la jurisprudence éminemment politique Roe v Wade, 1973,1 de la Cour Suprême des Etats-Unis qui affirmait que le mot « personne » dans le 14ème amendement de la Constitution : «[…] Aucun État ne fera ou n'appliquera de lois qui restreindraient les privilèges ou les immunités des citoyens des États-Unis ; ne privera une personne de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière ; ni ne refusera à quiconque relevant de sa juridiction, l'égale protection des lois », n’incluait pas l’enfant non-encore né. Elle consacrait par là-même, le droit des femmes à avorter tant que le fœtus n’est pas viable.

Dès la troisième page du projet de loi, les sénateurs prennent la plume de manière éhontée et formulent un ramassis de propos scandaleux et inconsistants. En comparant les victimes des conflits les plus sanglants du siècle dernier, au nombre d’avortement depuis l’arrêt Roe – dont les chiffres sont des plus discutables du fait des législations très différentes d’un Etat à l’autre aux Etats Unis relative à l’avortement - c’est un affront à la mémoire de l’histoire et à celles des femmes qui est formulé : « 6 millions de Juifs sont morts dans les camps de concentration allemand, 3 millions ont été exécutés par Josef Staline […], ils ont tous été considérés comme des crimes contre l’humanité. En comparaison, plus de 50 millions de bébés ont été avortés aux Etats Unis depuis la décision Roe de 1973, plus de trois fois le nombre de morts dans les camps de concentration allemands, les purges chinoises, les goulags de Staline, les champs de bataille cambodgiens et le génocide rwandais combinés ».

Le texte pose des définitions d’une intolérance et intransigeance inadmissibles :

  • Celle « d’unborn child », l’équivalent d’un « enfant, une personne incluant l’enfant non encore né in utero à n’importe quel stage de son développement, peu importe sa viabilité »

  • Et celle de la femme comme « Tout être humain de sexe féminin, peu importe sa majorité » 2.

Restreignant à son paroxysme le droit des femmes de disposer de leur propre corps, la loi désormais entre les mains de la Gouverneure républicaine de l’Etat Kay Ivy, en vue de sa promulgation énonce des dispositions alarmantes. L’interruption volontaire de grossesse est érigée en crime : tout médecin se risquant à la pratiquer encourt une peine de 10 à 99 ans d’emprisonnement. L’IVG est interdite à tout stade de la grossesse, même en cas de viol et d’inceste.

C’est avec une grande colère que nous accueillons cette loi profondément misogyne et lourde de conséquences à l’égard des femmes. Les activistes qui ont défendu le droit à l’avortement il y a cinquante ans aux Etats Unis et dans le monde se retournent probablement dans leur tombe. Les lois posant des restrictions à l’avortement en tout lieu et tout temps sont symboliques d’un système patriarcal profondément hiérarchique. Un système qui vise à priver les femmes de tout pouvoir décisionnaire sur leur corps, qui veut les infantiliser. Le message est clair : Mesdames, vous n’êtes pas dignes de confiance, vous n’avez pas les capacités de prendre les bonnes décisions seules, pour vous-mêmes. Alors, les hommes s’en chargeront.

Cette loi a été consacrée par des hommes qui veulent faire taire les femmes de l’Alabama et du monde. Elle oblige des jeunes filles et femmes violées, à porter le lourd fardeau du crime qu’elles auront subi seules, les rendant quasiment coupables. Elle réduit les femmes à leur seule fonction reproductrice, à leur rôle de mère, à un objet nu, sans voix, sans capacité. La vie d’une femme dotée d’intelligence, sur terre depuis des années vaut moins que celle d’un amas de cellules. Voilà l’essence même d’une telle loi, ne reflétant que crûment la volonté de domination des hommes sur le corps des femmes.

Aucun acte législatif au monde, aussi révoltant que ceux sur la prohibition de l’avortement le sont, n’imposerait un contrôle sur le corps des hommes.
Aucun acte législatif au monde, n’imposerait aux hommes de rester pendant la grossesse forcée de la femme. Aucun acte législatif au monde n’imposerait aux hommes d’élever un enfant seul.
Aucun acte législatif au monde n’impose cela aux hommes.

N’oublions jamais, que les lois réglementant l’avortement ne sont pas un combat pour la vie. Elles sont un combat contre la femme. La lutte, pour un droit aussi fondamental, si fragile et menacé à la fois, ne doit jamais s’éteindre.

Recherche et écriture : Héma SIBI

[Toutes les dispositions ont été traduites de l’anglais au français pour les besoins de l’article, voir les sources pour la version originale.]

Sources :

Composition du Sénat de l’Alabama : https://edition.cnn.com/2019/05/15/politics/alabama-abortion-ban-bill-who-voted/index.html