Ciudad Juarez : La ville qui tue les femmes

 SOURCE : http://www.univision.com/noticias/feminicidios/las-otras-victimas-de-juarez-las-madres-que-buscan-justicia-y-no-tienen-respuestas

SOURCE : http://www.univision.com/noticias/feminicidios/las-otras-victimas-de-juarez-las-madres-que-buscan-justicia-y-no-tienen-respuestas

Elizabeth Castro García. Hester Van Nierop. Esmeralda Castillo Rincón ….

Ces noms se confondent aux nombreuses jeunes mexicaines disparues à Ciudad Juarez, pour la plupart d’entre elles violées et assassinées en toute impunité. C’est dans les alentours désertiques de la ville que les restes de corps marqués par des sévices sexuels insoutenables ont été retrouvés progressivement puis identifiés.

Ciudad Juarez est une ville frontière avec El Paso aux Etats-Unis. La ville des maquiladoras emploie une main d’œuvre peu chère et attire de nombreux mexicains pauvres qui sont rémunérés 5$ la journée pour effectuer des taches mécaniques. Elle est également une passerelle vers le rêve américain et des jeunes femmes de tout le pays s’y rendent dans l’espoir d’une vie meilleure de l’autre côté de la frontière en rémunérant des passeurs sans se fier aux dangers omniprésents. Les cartels locaux exercent par ailleurs un pouvoir informel et disposent d’une énorme mainmise dans de nombreux secteurs dans tout l’Etat de Chihuahua grâce à la corruption facile des milieux économiques, politiques et des services publics.  Les trafiquants tuent donc en toute liberté dans cette ville de tous les vices ou règnent prostitution clandestine, trafic de drogues et violences.

C’est dans ce contexte que l’on dénombre plus de 400 jeunes femmes disparues depuis 1993 selon Amnesty International (600 selon les ONG). Les victimes sont pour la plupart des femmes jeunes, qui travaillent dans les maquiladoras, et qui devaient parcourir un chemin semé de dangers pour se rendre sur leur lieux de travail ou à l’école. Par ailleurs, ces maquiladoras ont pallié à cette insécurité que tardivement et commencent à peine à instaurer des bus spéciaux qui assurent le chemin entre les usines et les domiciles des ouvrières.  

Parmi ces victimes, la majorité présente des similitudes frappantes dans les sévices subis : étranglement, morsure, viol et même disposition macabre du corps dans le désert. La piste de psychopathes agissant seuls ou de meurtres issus de violence domestique comme l’affirment les autorités semble donc être inventée de toutes parts pour cacher les véritables réseaux criminels à l’origine de ces horreurs.

Malgré la bataille des proches des victimes et des associations comme Nuestras Hijas de Regreso a Casa ou Red Mesa Mujeres (qui font un excellent travail de mobilisation et de recherche sur le terrain) pour trouver les véritables assassins et obtenir enfin une justice, les autorités se montrent sourdes voire complices. Complices car elles font disparaître les corps et autres pièces à conviction ou inventent des coupables qui « avouent » leur crimes sous la torture, des journaux invoquent même la participation de policiers et de hauts fonctionnaires dans ces féminicides.

De nombreuses hypothèses alimentent le mystère : prostitution forcée,  narcosatanisme, snuff movies, violence familiale, tueurs en série psychopathes… Les chercheurs en criminologie et les médecins légistes sont dans le flou le plus total. En attendant, les commanditaires de ces crimes monstreux sont toujours en liberté, les disparitions continuent et les familles perdent tout espoir.

Ciudad Juarez, véritable visage de la mondialisation sauvage, de la corruption et de la violence perpétrée par les cartels, ne fait rien pour enrayer l’hécatombe et mettre fin à la culture machiste dominante. Les meurtriers viennent déposer les corps en plein jour en toute désinvolture et font passer un message clair : l’impunité leur laisse le champ libre pour exprimer leur brutalité la plus profonde sur des femmes dont l’identité et la voix ne comptent pas.

Lina SIBI

 

Sources :