LE VIOL : ARME DE DESTRUCTION MASSIVE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

Un smartphone, un Ipad, un ordinateur. Difficile à croire que ces objets de notre quotidien font couler le sang dans l'Est de la République Démocratique du Congo. Pour comprendre les dynamiques de la guerre menée contre la femme et l'honneur il est nécessaire de remonter aux sources d'un conflit d'une violence inouïe.

Depuis 1996, l'est de la RDC a été meurtrie et déchirée entre les différentes ethnies locales mais aussi voisines qu'elle a su initialement recueillir : les Hutus et Tutsis fuyant le Rwanda suite au génocide (1994). L'accroissement des tensions entre ces différentes ethnies dont la cohabitation s'est révélée impossible ainsi que la bataille pour les ressources minières de cette terre ont mené à une véritable guerre civile à l'origine de plus de 5 millions de morts.

En effet la RDC est une terre très riche en minéraux d'importance capitale pour l'Asie et l'Occident étant principalement nécessaires à la fabrication de téléphone portables. Les trois principaux sont ainsi le tungstène, l'étain (à l'origine de la vibration du portable) et le tantale (support de la batterie d'un portable). Les différentes milices et groupes armés issus de milieux variés s'affrontent et s’entre-tuent dans des combats sans merci pour le contrôle des différentes mines dont l'exploitation représente la principale source de revenue permettant l'achat d'armes.

N'hésitant pas à brutaliser les civils et enlever les enfants dans un but d'exploitation ils obligent la population à fuir, majoritairement les femmes. Souvent veuves, les femmes se déplacent ainsi seules, accompagnées uniquement de leurs enfants. Celles contraintes de rester doivent survivre dans la peur constante. Elles deviennent alors les cibles les plus vulnérables pour la plus cruelle des armes de guerre : le viol.

 SOURCE : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/07/16/dans-l-est-du-congo-les-viols-comme-armes-de-guerre_3448206_3212.html

SOURCE : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/07/16/dans-l-est-du-congo-les-viols-comme-armes-de-guerre_3448206_3212.html

Au Congo 36 femmes et fillettes sont violées chaque jour. Depuis 1996 près d'un demi million de femmes ont subi ce sort. « La plupart des viols sont accompagnés d'énormément de violence. En général on a introduit des bâtons, des plastiques chauds, des baïonnettes, des morceaux de verres » affirme Christine Schuler Deschryver, de l'ONG « City of Joy » accueillant les survivantes d'agressions sexuelles en RDC.

Cette violence extrême témoigne des motivations des jeunes soldats, animés non pas uniquement d'un désir sexuel mais d'une véritable volonté d'anéantissement de la femme. Ce déchaînement vise à la destruction des organes génitaux féminins.

« Avec le viol, on voulait toucher la congolaise dans sa chaire » - explicite Erik Kajambe journaliste congolais. L'idée haineuse est de briser la femme qui représente la fécondité, celle qui engendre la société en la vidant de son identité. L'agresseur abat à travers elle, une entière communauté. Aucune femme n'est épargnée, de 3 à 97 ans ce n'est pas l'âge qui importe, c'est ce qu'elle représente.

Dans l'hôpital de Panzi dans la région du sud Kivu, des centaines de filles n'ayant pas atteint la puberté, des enfants et des femmes sont confondues. Dans leur souffrance toutes sont égales : viols en réunion, fistules obstétricales, hématomes et déchirures sur le crâne les milices les atteignent à coup de machettes et marteaux. Une des jeunes survivantes ne paraissant pas plus de 11 ans se confie les larmes aux yeux : « Je ne veux pas rester ici. Ils m'ont fait tellement mal. Ils ont tué mon père et ma mère. Je veux seulement vivre en paix. Avant j'allais à l'école. Je ne sais pas si je pourrai y retourner...».

Cet hôpital, sanctuaire médical de la RDC a accueilli près de 40 000 survivantes de viols qui ont été traitées. Son fondateur, le Dr Denis Mukwege gynécologue-obstétricien spécialiste des chirurgies réparatrices est le véritable héros de son pays. Surnommé « le messie », le dévouement dont il fait preuve à l'égard des survivantes, au péril de sa vie lui a valu le prix Sakharov en 2014.

La première femme qu'il a opéré avait le vagin criblé de balles. Loin d'être un cas isolé, ce genre d'opérations est devenu son quotidien. La récurrence des ces viols forme une véritable spirale de violence sans fin. Il affirme à cet égard : « Le choc était venu quand j'ai opéré pour la première fois une fille née à l’hôpital issue du viol, qui elle même avait été violé à l'âge de 8 ans. Ça n'en finit jamais. » avant d'ajouter : « Je ne veux pas à avoir à opérer les mères, les enfants et les petits-enfants ».

  Docteur Mukwege et ses patientes de l'Hôpital de Panzi

Docteur Mukwege et ses patientes de l'Hôpital de Panzi

40% des femmes résidant au Congo expérimenteront un jour le viol. C'est presque une femme sur deux. Ce constat déplorable est d'autant plus attristant que les victimes de telles horreurs sont souvent répudiées de leur mari, leurs parents et de leur communauté. Considérées comme « déshonorées » et « sales » elles ne portent pas uniquement le poids de leur violeur mais aussi d'une société qui préfère les hommes.

Ainsi qualifiée de « Capitale mondiale du viol » par l'ONU en 2010, la RDC fait face à des combats déshumanisants prenant en otage la femme et portant du bout des doigts le viol comme arme de destruction massive.

L'impunité de tels crimes contre l'Humanité et crimes de guerres est le plus gros problème du pays et la raison pour laquelle les violences ne semblent pas cesser. Les plaintes ne sont pas nombreuses à cause de la corruption (des procureurs, juges et avocats) qui joue en faveur des criminels. De plus le Tribunal de paix qui reçoit les plaintes pour viol est constitué majoritairement d'hommes, d'officiers issus eux mêmes de l'armée ou de la police qui sont, parfois même, complaisants à l'égard de l'accusé. Ainsi en mai 2014, la justice congolaise a pu acquitter la quasi-totalité des soldats accusés des viols massifs commis en novembre 2012 à Minova.

Malgré la présence de casques bleus sur le territoire depuis 15 ans, des résolutions émises par les Nations Unies, le pays peine à se relever. Alors que le besoin d'une véritable coopération internationale et la refonte totale de la législation semblent capitaux, la révolution doit également se faire dans les mentalités : « Ceux qui ont commis ces viols ont constaté le silence des hommes » affirme Dr Mukwege. Une prise de position des maris, des frères, des pères, des fils de la République Démocratique du Congo condamnant ces atrocités semble également indispensable.

                                                                                                                                                                                                                     Héma SIBI

Sources :