Sexualité, femmes et religions : combat musclé entre traditions et émancipation.

Bien que l’on soit en 2016, certaines questions restent pérennes et méritent d’être observées de près. Celle dont il me semble bon de parler aujourd’hui nous touche toutes et tous étant donné qu’elle influe sur nos choix ainsi que sur notre rapport à autrui.

Le fait d’affirmer sa liberté sexuelle permet, au premier abord, d’être en harmonie avec soi-même, mais permet d’autant plus de se forger – ou d’affiner -  une identité. Quid, de la religion, ou bien des milieux culturels dont nous sommes issus ? Quelle en est, en tant que femmes, notre perception ? Notre société, celle dans laquelle nous nous épanouissons, respecte-t-elle nos convictions ou nous pousse-t-elle vers le nihilisme ? la restriction ?   Une sorte de « coutume urbaine » laisse sous-entendre que la conciliation des deux est impossible : pour ma part, et eu égard des petites enquêtes que j’ai menées, je pense que c’est possible. Etre issue d’un milieu pratiquant ou fortement influencé par une culture n’est pas une tare : le vivre ainsi serait terrible. Mais, malheureusement, trop de femmes de nos jours se sentent limitées par cette vision d’incompatibilité.

·         Société et acceptation des choix en matière de sexualité féminine : état des lieux.

L’on peut être pratiquante et affirmer ses convictions : si l’on refuse, par exemple, d’avoir des rapports sexuels avant le mariage, eh bien ça n’engage que nous, l’on ne mérite pas d’être blâmée ou cataloguée pour autant. De même que, l’on peut être pratiquante ou être issue d’un milieu pratiquant et se détacher de certaines valeurs/principes, ça n’engage toujours que nous, notre conscience, et nos choix. Je reste sans voix quand je me rends compte qu’en 2016, des phrases type « si tu dis oui, t’es une salope, si tu dis non, t’en es aussi une, donc quoi que tu fasses, t’en seras une » sont encore prononcées. À la vue de cela, je n’ai qu’une envie, lever mon majeur pour protester face à de telles calomnies. De toute manière, de tels discours décousus voire sans substance ne font pas le poids face à ce qui devrait être la réalité :  l’on est libres, libres d’aimer qui l’on veut, libres de pratiquer la religion que l’on souhaite, libres de n’avoir aucune barrière à parler de sexe ou libres de refuser d’en parler si le sujet nous paraît trop intrinsèque, libres de vivre pleinement sa vie de femme en ayant des rapports sexuels avec qui l’on veut (tant qu’on se protège !), libres de refuser d’en avoir et de se préserver jusqu’au mariage si c’est ainsi que l’on conçoit la vie, libres de mettre des tampons ou non, d’aller chez gynéco’, d’être informées, de gérer ses affaires, libres de vivre mince alors ! La diversité, c’est cela qui est beau, elle l’est d’autant plus quand la tolérance est de la partie. Le jugement gangrène notre environnement : voilà l’un des réels maux qui nous donne du fil à retordre et qui nous contraint dans l’expression de notre volonté. L’on est aussi, ce qui est bien malheureux, contraintes dans la gestion de ce qui ne regarde exclusivement que nous.

            Ce qui m’a semblé étonnant tout de même est que l’une des filles que j’ai eu l’occasion d’interroger, S., m’a avoué trouver que la société actuelle était plus encline à accepter la sexualité féminine dans son ensemble. L’on m’a cependant exposé une vision totalement différente. Par exemple M, la vingtaine, maghrébine et de confession musulmane, m’a avoué être révoltée de voir que la sexualité masculine restait plus « acceptée » que celle des femmes partageant sa culture. Pour elle, un homme musulman sera amené plus facilement à revendiquer sa sexualité tandis qu’une femme sera plus contrainte voire assujettie au silence, de peur d’être jugée ou critiquée. C’est scandaleux, dans la mesure où il ya encore cette idée d’inégalité homme/femme qui persiste.  M. a souligné ce décalage qui, d’après elle, se rattache énormément à la culture mais aussi aux valeurs d’une société déterminée (la peur de décevoir, le fait de devoir garder une image qualifiée de « bien »).                                                           L’on en revient à cette idée que le jugement est prédominant, qu’il influe de manière considérable sur le comportement de toutes. Quand viendra le jour où l’on s’affranchira enfin du « qu’en dira-t-on ? » afin de vivre pleinement sa vie ? Le secret demeure-t-il une voie fiable pour pouvoir être qui l’on veut, à l’abri des regards curieux ? Je ne pense pas, mais aucune réponse ne semble se profiler de manière sûre. L’on peut dire qu’un combat est encore à mener afin de faire évoluer les mœurs, mais surtout un combat visant à faire tomber cette barrière. Vrai est-il que la situation en France est différente de celles d’autres pays où la femme a plus de mal à exprimer sa sexualité, ou plutôt il lui est prohibé de la révéler au grand jour. Cependant, des évolutions doivent être mises en place afin d’éradiquer cette appréhension. L’omerta sur la sexualité féminine s’est tellement enracinée dans certains milieux qu’elle va outre le tabou : elle devient un non-dit, une sorte de spectre. L’on préfère passer sous silence une réalité, quitte à pousser l’individu dans de drôles de retranchements qui n’ont pas lieu d’être.

            Ces petites questions, ces petits tracas mettent en lumière le fait que les femmes -  bien que nous baignions pleinement dans l’ère du « tout permis » - sont encore bridées dans leurs choix et dans l’expression de leur liberté. J’en verse une larme, enfin plus d’une, étant donné que l’on devrait toutes être pleinement dotées du droit d’agir sur ce qui nous touche de très près, et ce indépendamment de l’avis/ de l’opinion de la masse ou d’un groupe en particulier.

 

·         Religions et choix en matière de sexualité : rupture et peur de l’acceptation au menu :  Pourquoi ?

Il demeure vrai que dans certaines familles ou dans certains milieux très marqués par la culture, le tabou de la sexualité féminine perdure et s’enlise. « On ne parle pas de règles, ni de contraception, c’est pas d’usage, c’est trop gênant », telle a été l’une des réponses que j’ai pu avoir lors des entretiens que j’ai mené. 

 Il n’est pas évident d’affirmer ses choix et, un beau matin, de dire à sa famille ou à ses proches que l’on réfute certaines de leurs valeurs pour s’en accaparer d’autres. Cette difficulté à s’affirmer en tant que « soi », à affirmer sa sexualité dans un milieu qui est moins propice à son acceptation, peut pousser au malaise, à l’incompréhension.  J’ai rencontré deux jeunes filles de confessions différentes (l’une était musulmane, l’autre était orthodoxe apostolique) qui m’expliquaient leur rapport à la religion de manière très différentes. Les deux sont issues de milieux très influencés par une culture mais aussi par la religion. Un tabou persiste : celui d’affirmer ses préférences au sein de la famille. De manière générale, l’on en parle pas. Elles élaboraient, toutes deux, une dissociation entre leur vie privée et leur vie familiale, entre la manière dont elles vivent leur sexualité et leur religion.

S. a, je cite, très mal vécu le fait qu’elle aimait les femmes, et se répétait qu’elle irait « en Enfer ». Elle s’infligeait une pression relative à la peur d’être en marge des valeurs lui ayant été inculquées. La perception de son entourage importe beaucoup pour elle : elle ne se sent pas libre de revendiquer ses préférences de manière spontanée. En grandissant, elle a cependant appris à concilier sa religion et ses préférences sexuelles, en passant d’une vision punitive/coercitive de Dieu à une vision plus axée sur la tolérance et l’acceptation. Elle s’émancipe tout en gardant certaines valeurs qui sont, pour elle, nécessaire à son développement.

V, quant à elle, est plus mitigée. Récemment au détour d’une discussion avec sa sœur, elle a pris peur. Le moment tant attendu mais aussi très redouté du coming-out est arrivé : et ses certitudes se sont révélées fondées. Sa sœur s’est indignée de ce qu’elle a qualifié d’un « triste sort ». Le comportement déviant mais aussi le tabou ont été invoqués, à l’instar de la marginalité impure.. La notion d’Enfer, mais aussi des références bibliques sont revenues sur le tapis (Mythe de Sodome et Gomorrhe,). Un déni a eu lieu par la suite, comme si de rien n’avait été. Cette confrontation a poussé V. à se demander si la conciliation religion et préférences sexuelles était possible : aujourd’hui, elle doute, et prend plus de recul vis-à-vis de la religion, de la foi. Elle sent qu’elle a besoin de prendre du recul pour vivre ce qu’elle a à vivre en tant que femme acceptant totalement sa sexualité et sa gestion d’elle-même de manière autonome.

Deux parcours totalement différents mais qui se recoupent : c’est ainsi que j’ai perçu les témoignages que j’ai recueilli.

Pourquoi tant se borner à étiqueter tout, à vouloir tout compartimenter ? Pourquoi aussi s’approprier le rôle de celui qui juge ?  Probablement pour simplifier la critique. Vous savez, cette critique, gratuite, qui est à la portée de tous, et dont certains usent plus qu’ils ne devraient. S’il y a bien une chose que je me retiens de dire, ou que je devrais oser dire, c’est la suivante : « mêlez-vous de vos nombrils, et laissez donc les autres prospérer en paix ! ». Toute femme pourrait avoir le droit de gérer ses affaires sans vivre dans la peur constante d’être poussée dans ses retranchements, rappelée à l’ordre, d’être apparentée à un courant (ex : la déviance, la dépréciation, la débauche).

 L’on en vient à la conclusion suivante : la sphère dans laquelle nous évoluons influe sur notre rapport aux choses, sur notre intégration de codes, notre acceptation, mais aussi notre volonté de couper le cordon !

Un autre fait m’a semblé important à souligner : celui du refus par certaines personnes de choix qui sont intrinsèques à toutes femmes. M, à qui j’ai posé la question suivante : « les personnes ne partageant pas les mêmes convictions que toi parviennent-elles à respecter l’exercice de tes droits/choix concernant ton abstinence jusqu’au mariage ? », m’a fourni une réponse me donnant envie de tirer la sonnette d’alarme. Elle m’a expliqué que faire accepter ce qu’elle considère, à force, comme une « différence » lui paraissait de plus en plus compliqué dans notre société.  A son sens, l’on ne cherche pas à comprendre le fondement de son choix. Elle m’a expliqué que les majeurs conflits qu’elle avait pu avoir quant à l’exercice de ses convictions étaient avec des hommes qui voyaient cela comme bizarre de refuser d’avoir des rapports engageant le corps de l’autre. Certaines de ses relations sont même venues à terme, comme elle le dit, « à contrecœur ». Elle qui fait preuve de tolérance ne comprend pas pourquoi l’on n’en ferait pas en retour à son égard, enfin, à l’égard des femmes qui ont des valeurs différentes d’une norme sociétale (en l’occurrence ici occidentale). Elle sent presque son intégrité atteinte quitte à y voir un certain manque de respect. Le respect devrait aller dans les deux sens.

            Un réel problème est ainsi souligné : si l’on n’est pas acceptées sous son toit en tant que femmes exerçant librement ses choix en matière de sexualité, mais que l’on est aussi rejetées par nos pairs de par nos choix qui semblent « marginaux », où sommes-nous acceptées ? Où est notre petit bout de terre de tranquillité, où l’on peut tout simplement revendiquer ses choix librement, aimer qui l’on veut sans être jugées, pouvoir parler de cul sans pour autant passer pour une répugnante dévergondée, pouvoir exercer son droit de se préserver jusqu’au mariage ? L’émancipation ou la sauvegarde des valeurs, au final, semble revenir à la même chose, c’en est désolant. L’on a soif de liberté, mais cette soif est vite étanchée par tant de facteurs qui s’interposent en créant une zone d’incertitude et de conflit intérieur tendant à générer un malaise… La sauvegarde de la tradition forge tout un esprit qui parvient difficilement à trouver sa place et son équilibre au sein d’une société très diversifiée, se revendiquant ouverte bien que réticente à l’acceptation de l’autre.

            Résultat des courses : si l’on décide de s’émanciper, l’on est cataloguée, excusez-moi d’avance le terme, mais de « catin », si l’on décide de garder des valeurs inculquées depuis son enfance, l’on est critiquée voire vite étiquetée « coincée ». Mais où va-t-on donc avec de tels conditionnements nauséabondes et péremptoires ? Droit dans le mur ! Un point de chute est à trouver afin de dissoudre pour de bon ces labels ! Nous sommes en 2016 pardi !  A mon sens, la tolérance semble le meilleur moyen pour que l’on parvienne à faire accepter les divergences culturelles, mais aussi religieuses.  Je pense, et je pèse mes mots en le disant, que la lutte menée par un brin de femmes, qu’elles soient pratiquantes, non pratiquantes, issue d’un milieu culturel particulier, demeure la même : l’acceptation. Acceptation au sens large : intégralité, intégrité, diversité, choix. Tout ce qui constitue, stricto sensu, une forme de force et l’exercice d’une liberté, celle d’exister à part entière.  La famille n’est pas la seule instance ayant une influence sur le tout, les amis et la sphère que l’on se confectionne ont une influence monstre sur nos positions. Osons appeler les choses par leur nom, refusons le silence, n’ayons crainte d’être jugées pour  nos choix, au pire, envoyons donc valser ce que les autres peuvent penser ! S’il y a bien un message que je m’entends faire passer, ce serait le suivant (et ce en reprenant les sages paroles de Kant) : Mesdames, ayez le courage de suivre votre propre entendement !

Recherche et écriture par Lamia ZEGRIR