Le mouvement NiUnaMenos : l'appel au soulèvement des argentines face à la violence machiste.

Le 8 Octobre 2016, Lucia Perez, 16 ans, devient la victime de trop dans un pays marqué par la violence sexiste et les féminicides. La lycéenne est enlevée, droguée et subit un viol collectif sauvage et finit par mourir de douleur suite à un empalement. Deux dealers suspectés ont été arrêtés. "Ce n'est pas très professionnel de le dire, mais je suis mère, dans ma carrière j'ai vu des choses horribles, mais jamais une affaire avec une conjonction de faits aussi aberrants", a dit la magistrate Maria Isabel Sanchez chargée de l'affaire.

Face à la barbarie de ce nouveau cas et à la récurrence des féminicides en Argentine, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Buenos Aires le 29 Octobre 2016 en scandant "Ni Una Menos" (Pas une de moins), "ParodeMujeres" (Grève des femmes) ou encore "Vivas Nos queremos " (nous nous aimons vivantes). La manifestation a été organisée et supervisée par le collectif "Ni Una Menos" : le regroupement de journalistes, activistes, artistes et ONG depuis Juin 2015 pour lutter contre les violences machistes en Amérique Latine (200 000personnes étaient descendues dans les rues de Buenos Aires en Juin 2015 suite à l'appel du collectif).

Ce cri de révolte "Ni Una Menos"  avait déjà été entendu au Mexique pour prostester contre les féminicides de Ciudad Juarez, et est issu du poème de Susana Chavez « Ni una muerta más » (« Pas une morte de plus »).  Rappelons que le terme féminicide désigne "le meurtre d'une femme parce-qu'elle est une femme". Ce terme est apparu en 1992 dans le livre de la féministe et activiste sud-africaine Diana Russell "Femicide : The Politics of Woman Killing".

La prévalence des féminicides en Amérique Latine explique la reconnaissance de ce crime comme circonstance aggravante dans le code pénal de 15 pays latino-américains tels que le Mexique, le Brésil, le Honduras. En Argentine, le meurtre de Lucia Perez s'ajoute aux 226 femmes tuées en 2016 (statistiques jugées en decà de la réalité) d'après l'ONG Mujeres de la Matria latinoamericana. Une étude d'Amnesty International en 2015 montre que la violence machiste en Amérique Latine n'est pas qu'une violence sociétale mais également une violence institutionnelle : des lois et pratiques discriminantes, des accès à la justice, aux planning familial et soins d'accompagnement post agressions très limités ou parfois inexistants.

A cette violence misogygne et institutionnelle, s'ajoutent des racines plus profondes pour expliquer les féminicides et les cruautés perpétrées envers les femmes : l'instrumentalisation et la dépossession du corps féminin, le manque d'indépendance économique et l'image d'une "victime prédisposée, provocatrice et coupable" qui rendent les femmes vulnérables et sans défense face aux pires atrocités sexistes.

 

Recherche et écriture : Lina SIBI

Sources :

- Rapport Amnesty International (Mars 2015) : "Quand l'état encourage les violences faites aux femmes" : https://www.amnesty.org/fr/documents/amr01/4140/2016/fr/

- Le mouvement "Ni Una Menos" : http://niunamenos.com.ar/